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Sécurité

Général Abdoulaye Younous : Le parcours d’un Saint-Cyrien au service du Tchad

Formé à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr en France, l’une des académies militaires les plus prestigieuses au monde, le général Abdoulaye Younous a consacré plus de quatre décennies au service des Forces de défense et de sécurité du Tchad. À l’occasion du 66ᵉ anniversaire de l’indépendance, il revient sur son parcours, les exigences de cette école d’élite, les réalisations de sa carrière et le message qu’il adresse à la jeune génération de militaires.

Rien ne prédestinait véritablement, Abdoulaye Younous, à intégrer la prestigieuse École spéciale militaire de Saint-Cyr. Étudiant en Mathématiques, Physique et Chimie (MPC) à Brazzaville, il découvre, au détour d’une revue consultée dans une bibliothèque, un article consacré à cette école française ainsi qu’au génie militaire. Cette lecture suffit à faire naître une vocation.

Conscient du niveau d’exigence de cette institution, il sollicite l’autorisation de l’État-major tchadien. Sa candidature est retenue et il est envoyé à Aix-en-Provence pour suivre une classe préparatoire. Avec deux autres compatriotes, il se prépare au concours d’entrée. À l’issue des épreuves, seuls Issa Mahamat et lui décrochent leur admission avant de poursuivre deux années de formation à Saint-Cyr, où ils obtiennent le grade de sous-lieutenant.

Pour le général Younous, Saint-Cyr demeure une référence mondiale dans la formation des officiers, au même titre que West Point aux États-Unis et Sandhurst au Royaume-Uni. Chaque année, l’école accueille seulement 200 élèves, dont une vingtaine d’officiers étrangers. Les candidats, français comme étrangers, sont soumis à un concours particulièrement sélectif après plusieurs années de classes préparatoires. « Même les Français doivent réussir ce concours. Rien n’est acquis d’avance », souligne-t-il, insistant sur la qualité exceptionnelle de l’enseignement dispensé au sein de cette institution qui forme les futurs cadres des armées.

Mettre le savoir au service de la Nation

Une fois diplômé de Saint-Cyr, Abdoulaye Younous, poursuit sa spécialisation à l’École d’application du génie militaire d’Angers avant de rentrer au Tchad. Pour lui, il ne faisait aucun doute que les compétences acquises devaient bénéficier au pays qui avait financé sa formation. « Lorsqu’un État investit dans votre formation, il est de votre devoir de lui rendre ce qu’il vous a donné », affirme-t-il.

Au sein du génie militaire, le futur général participe à de nombreux projets de construction d’infrastructures, à la réalisation de routes et à des opérations de déminage particulièrement sensibles. Parallèlement à ses responsabilités, il poursuit régulièrement ses études supérieures en France. Il intègre l’École supérieure du génie militaire, puis un Centre des hautes études de la construction avant d’obtenir un Diplôme d’études supérieures spécialisées (DESS) à l’Université Paris VI, avec une spécialisation en construction métallique et structures des immeubles de grande hauteur. Pour Abdoulaye Younous, ces formations successives avaient un seul objectif : améliorer continuellement ses compétences afin de contribuer davantage au développement de l’armée tchadienne.

Parmi les nombreuses missions qu’il a conduites, une reste gravée dans sa mémoire : l’exercice multinational Barh El Gazel 2007, organisé sous l’égide de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC). Nommé directeur de cet exercice d’envergure, il coordonne les manœuvres réunissant les forces armées des onze États membres de l’organisation. L’événement rassemble également les chefs d’État-major ainsi que plusieurs chefs d’État de la sous-région. Le général considère cette réussite comme l’apogée de sa carrière militaire, saluant au passage le soutien des autorités tchadiennes qui avaient permis le bon déroulement de cette opération.

Le mérite avant les honneurs

Au fil des années, Abdoulaye Younous, gravit progressivement tous les échelons de la hiérarchie militaire et reçoit plusieurs distinctions nationales et internationales. Pour autant, il refuse d’attribuer cette réussite à un quelconque secret. « Il n’y a pas de recette. Les grades et les décorations sont simplement la reconnaissance du travail accompli », résume-t-il.

Aujourd’hui retraité, le général continue de partager son expérience avec les jeunes militaires. À ceux qui rêvent d’une carrière dans les Forces de défense et de sécurité, il recommande avant tout de servir leur pays avec sincérité et patience. Selon lui, l’armée est une école de discipline, de persévérance et de sacrifice. Les responsabilités ne s’obtiennent ni par impatience ni par ambition personnelle, mais grâce au travail, à l’expérience et au sens du devoir. Son principal conseil tient en quelques mots : rester persévérant, accepter les difficultés, se former continuellement et garder comme unique objectif le service de la patrie.

À travers son parcours, le général Abdoulaye Younous, illustre le destin d’un officier dont la carrière s’est construite autour de la compétence, de la formation permanente et du sens de l’État. De Saint-Cyr aux chantiers du génie militaire, des salles de cours aux exercices multinationaux de la CEEAC, son itinéraire témoigne de l’importance d’investir dans l’excellence pour bâtir une armée professionnelle et contribuer durablement au développement du Tchad.

Blaise Djimadoum Ngarngoune

 

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