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La moralité, un critère crucial dans le recrutement

Dans les processus de recrutement au Tchad, les diplômes et l’expérience professionnelle occupent officiellement le premier plan. Pourtant, derrière les critères affichés, un facteur discret mais décisif influence souvent le choix final des employeurs, c’est la moralité du candidat. Intégrité, fiabilité et sens de responsabilité deviennent progressivement des éléments clés dans un marché de l’emploi en pleine transformation. Mais est-ce que ceci est réellement pris en compte ?

Dans les offres d’emploi publiées au Tchad, les critères semblent bien connus, diplôme, expérience, motivation et compétences techniques. Pourtant, derrière ces exigences visibles se cache une réalité moins formalisée mais essentielle, la moralité du candidat. De plus en plus, des recruteurs et employeurs reconnaissent que la réussite professionnelle ne repose pas uniquement sur le savoir-faire, mais aussi sur le savoir-être.

Selon Madjiakoum Noël, recruteur au Centre de Formation d’Etude et de Développement (Cefod), les entreprises locales évaluent généralement les postulants selon deux grands axes, les compétences techniques et les critères moraux ou comportementaux. Dans la pratique, les employeurs recherchent des qualités telles que l’intégrité, l’honnêteté, la ponctualité, la loyauté, la discrétion ou encore le respect de la hiérarchie. Ces éléments, rarement affichés comme critères principaux, influencent pourtant fortement la décision finale. « Ainsi, la demande fréquente de références professionnelles, de recommandations personnelles ou de casier judiciaire traduit une réalité simple, la confiance reste au cœur du recrutement », souligne-t-il. Madjiakoum Noël ajoute que le poids accordé à la moralité varie toutefois selon le domaine d’activité. Selon lui, dans le secteur privé local, les dirigeants privilégient souvent des profils à la fois compétents et fiables, notamment pour des postes sensibles tels que caissier, comptable ou assistant de direction.

Au sein des ONG et organisations internationales, les valeurs morales sont davantage formalisées. Elles apparaissent sous des notions comme code de conduite, prévention de la fraude, éthique professionnelle ou gestion des conflits d’intérêts.

Dans les secteurs bancaire et financier, la probité et la confidentialité deviennent indispensables en raison des risques liés à la manipulation de fonds et d’informations sensibles. Il ajoute que les recruteurs parlent peu de la moralité  en entretien. Pourtant, ils l’observent en permanence. Ponctualité au rendez-vous, cohérence du parcours professionnel, manière d’évoquer les anciens employeurs ou attitude face aux questions délicates sont autant d’indices permettant d’évaluer la fiabilité d’un candidat. «Entre deux profils techniquement équivalents, celui perçu comme le plus intègre ou le plus stable obtient souvent le poste, déclare Madjiakoum Noël.

Au Tchad, la décision d’embauche repose fréquemment sur un équilibre entre plusieurs facteurs donc la compétence, l’expérience, la réputation, ainsi que le réseau relationnel et valeurs personnelles. Il atteste que Cette combinaison explique pourquoi certains recrutements semblent parfois dépasser les seuls critères académiques. La confiance personnelle et la perception morale jouent un rôle déterminant, même lorsqu’elles ne sont pas officiellement mentionnées. Toutefois, dans un contexte marqué par le chômage et le sous-emploi, la priorité reste l’accès à l’emploi. L’exigence morale progresse, mais elle coexiste avec la nécessité économique.

Madjiakoum Noël confirme que nombreux employeurs reconnaissent aujourd’hui qu’une compétence sans intégrité peut représenter un risque majeur comme les  conflits internes, les  pertes financières, atteinte à la réputation ou fuite d’informations. À l’inverse, un collaborateur fiable, même perfectible techniquement, peut évoluer et contribuer durablement au développement de l’organisation.

La moralité apparaît ainsi, non comme une valeur abstraite, mais comme un véritable facteur de performance professionnelle. La moralité professionnelle ne renvoie plus à la vie privée du candidat. Elle se définit  par des comportements concrets : respect des règles, responsabilité, transparence, esprit d’équipe et professionnalisme. Au fond, le monde du travail tchadien semble évoluer vers une idée simple selon laquelle  les compétences permettent d’entrer dans une organisation, mais les valeurs permettent d’y rester. Dans un environnement économique en mutation, les entreprises qui réussiront seront probablement celles capables d’allier excellence technique et exigence éthique.

Aminata Dabirama

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