À une vingtaine de kilomètres de Massakory, dans le village de Toumsary, l’ensablement de la route Massakory-Ngouri devient une menace sérieuse pour la circulation et l’économie de toute cette partie du Tchad. Sur plusieurs portions, le sable a déjà recouvert une grande partie du bitume, ne laissant qu’une étroite bande praticable pour les véhicules.
Cette route constitue pourtant l’unique axe stratégique reliant la capitale aux provinces du Kanem et du Lac. Son impraticabilité éventuelle risquerait d’isoler plusieurs localités comme Mao, Bol et Bagassola avec des conséquences directes sur le commerce, la santé et la sécurité.
À Toumsary, le phénomène n’est pas nouveau, mais il s’aggrave. Les traces de pneus visibles sur le sable montrent que les automobilistes roulent déjà davantage sur les dunes de sable que sur le goudron. Sous l’effet de l’harmattan, le sable progresse rapidement et transforme progressivement la route en piste difficilement praticable. Les tentatives de fixation des dunes sont remarquables à travers quelques plantations d’acacias et des dispositifs de clayonnage. Mais sur le terrain, ces efforts semblent insuffisants face à la vitesse d’avancée du désert. La végétation reste clairsemée et les dunes reprennent régulièrement le dessus.
Le Tchad, engagé dans la lutte contre la désertification à travers la Grande Muraille Verte et plusieurs programmes de restauration des terres, multiplie les initiatives comme ceintures vertes, plantations d’espèces résistantes comme l’Acacia albida ou le Prosopis, ainsi que des projets soutenus par des partenaires comme le fonds international de développement agricole (FIDA) et la banque africaine de développement (BAD).
Mais à Toumsary, les résultats tardent à se faire sentir. Le manque d’entretien des plantations, l’absence de protection contre le bétail, le surpâturage et les effets du changement climatique affaiblissent fortement ces actions. Les vents deviennent plus agressifs, les pluies plus rares, et les dunes avancent plus vite que les opérations de reboisement.
Si aucune intervention rapide n’est engagée, les conséquences pourraient être lourdes dans les prochains mois. L’inaccessibilité de cet axe provoquerait une rupture d’approvisionnement dans plusieurs provinces, entraînant une flambée des prix des produits de première nécessité.
Les évacuations sanitaires vers Massakory ou N’Djaména deviendraient également plus compliquées pour les populations rurales. Sur le plan économique, cela remettrait en question l’impact attendu des grands projets routiers engagés pour désenclaver Mao, notamment les investissements publics annoncés sur l’axe Ngouri-Mondo-Mao.
L’isolement progressif des villages voisins pourrait aussi accentuer l’exode rural vers N’Djaména, tandis qu’un axe abandonné favoriserait l’insécurité et les activités des coupeurs de route.
Urgences pour éviter le pire
Face à cette situation, plusieurs mesures apparaissent prioritaires. D’abord, un dégagement rapide du sable sur la route doit être engagé afin de rétablir totalement la circulation. Ensuite, des dispositifs mécaniques plus solides, notamment des palissades de protection sur plusieurs kilomètres, doivent être installés pour stopper l’avancée immédiate des dunes de sable. À moyen terme, le renforcement de la ceinture verte autour de Toumsary devient indispensable, avec un système d’irrigation durable et une implication directe des communautés locales pour protéger les plantations. Aussi, la création d’une cellule de veille spécialisée sur l’ensablement permettrait-elle d’assurer des interventions rapides avant que la situation ne devienne irréversible.
Pendant que l’État investit des dizaines de milliards de francs CFA dans de nouvelles infrastructures routières pour désenclaver le Kanem, le désert continue de menacer l’un des principaux accès existants. Sans une politique préventive forte contre l’ensablement, ces investissements risquent de perdre leur efficacité. Toumsary apparaît aujourd’hui comme un véritable point noir, mais aussi comme un avertissement pour les prochaines constructions des infrastructures routières.
Man-Ya Allah Gisèle












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