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ONU : Le monde à la recherche d’un nouveau souffle

À New York, l’ouverture du débat général de la 81ᵉsession de l’Assemblée générale des Nations unies intervient dans un contexte international marqué par les guerres, les fractures géopolitiques, l’urgence climatique et les bouleversements technologiques. Derrière le cérémonial diplomatique, une question s’impose. Comment restaurer la confiance dans un ordre international profondément éprouvé ?

Le mardi 22 septembre, le siège des Nations unies à New York retrouve son habituelle effervescence diplomatique. Chefs d’État et de gouvernement, ministres et délégations de près de deux cents pays convergent vers la tribune de l’Assemblée générale pour le traditionnel débat de haut niveau. Pendant plusieurs jours, les discours se succéderont, les rencontres bilatérales se multiplieront et les couloirs de l’ONU redeviendront le théâtre d’une intense diplomatie mondiale. Mais derrière les formules protocolaires, le rendez-vous de cette année revêt une gravité particulière. Le monde arrive à New York avec un lourd passif : conflits armés persistants, tensions entre grandes puissances, fragilisation du multilatéralisme, dérèglement climatique, inégalités persistantes et accélération spectaculaire de l’intelligence artificielle.

La 81ᵉ session a choisi un intitulé qui sonne presque comme un diagnostic : « Restaurer la confiance, gérer la transformation : une Organisation des Nations unies qui apporte des résultats pour tous ». Porté par le président de l’Assemblée générale, le Bangladais Khalilur Rahman, ce thème traduit une préoccupation devenue centrale : l’ONU doit-elle seulement continuer à parler du monde ou parvenir davantage à agir sur les crises ?

Une diplomatie mondiale sous pression

L’Assemblée générale demeure l’un des rares espaces où les États, grands ou petits, disposent formellement d’une même voix. Les 193 membres de l’Organisation y siègent et disposent chacun d’un vote. Cette architecture constitue l’un des fondements du multilatéralisme contemporain. Pourtant, cette égalité institutionnelle masque difficilement les rapports de force qui traversent la scène internationale. Les conflits récents ont profondément mis à l’épreuve la capacité de la communauté internationale à parler d’une seule voix. L’Ukraine, le Proche-Orient, les tensions autour de l’Iran, les rivalités stratégiques entre grandes puissances et la multiplication des crises régionales pèseront inévitablement sur les échanges.

À New York, la parole diplomatique devra donc composer avec une réalité brutale : le monde est de plus en plus interdépendant, mais les réponses collectives semblent souvent plus difficiles à construire. Pour les pays africains, cette nouvelle session constitue également une tribune stratégique. Le continent reste confronté à des défis multiples : conflits et insécurité, dette, pauvreté, changement climatique, déficit d’infrastructures, emploi des jeunes et accès encore inégal aux technologies. La question africaine ne saurait cependant se résumer à celle de la vulnérabilité. Les États du continent entendent également défendre leur place dans la gouvernance mondiale et faire entendre leurs revendications sur la réforme du système international. L’enjeu est particulièrement sensible pour un continent qui réclame depuis des années une représentation plus conforme à son poids démographique et politique dans les institutions internationales. La session actuelle entend notamment mettre l’accent sur le développement durable, l’accélération des Objectifs de développement durable et la nécessité de ne laisser aucun pays de côté.

De nouveaux fronts diplomatiques

Cette semaine new-yorkaise ne sera pas seulement dominée par les conflits. Le climat occupera également une place importante. Une réunion de haut niveau consacrée à l’action climatique et à la transition juste est prévue le 23 septembre. Une autre rencontre portera, le lendemain, sur les menaces existentielles liées à la montée du niveau des mers.Autre sujet désormais incontournable : l’intelligence artificielle. Longtemps cantonnée aux cercles technologiques, elle s’est imposée au cœur des débats diplomatiques. Gouvernance, sécurité, désinformation, emploi, souveraineté numérique et fracture technologique sont désormais des questions qui dépassent largement les frontières nationales.

L’ONU cherche ainsi à se positionner comme un espace où les États peuvent tenter d’établir des règles communes face à une transformation technologique qui avance plus vite que les mécanismes traditionnels de régulation. C’est finalement le mot « confiance » qui donne à cette 81ᵉ session sa portée la plus politique. Il s’agit de la Confiance entre les États, de la confiance des populations envers les institutions internationales et de celle dans la capacité de la diplomatie à empêcher les conflits ou à les résoudre.Le président de l’Assemblée générale identifie précisément cette crise de confiance parmi les défis majeurs auxquels le système multilatéral est confronté, aux côtés des conflits, des inégalités, des urgences climatiques et de la désinformation.

À New York, les discours seront nombreux. Les déclarations solennelles aussi. Mais l’histoire récente a montré que la puissance d’une institution internationale ne se mesure pas seulement au nombre de résolutions adoptées ou de discours prononcés. Elle se mesure surtout à sa capacité à produire des réponses crédibles lorsque les crises deviennent urgentes. C’est là que se joue, cette semaine, une partie de l’avenir du multilatéralisme. Entre les murs de verre et de marbre de l’ONU, les dirigeants du monde ne viennent pas seulement parler du monde. Ils viennent aussi tenter de convaincre qu’une action collective reste possible.

Dans un monde fragmenté, restaurer la confiance ne sera donc pas une affaire de vocabulaire diplomatique. Ce sera une épreuve de crédibilité. En plus, il est attendu la révélation du nom de la personnalité qui va succéder à Antonio Guterres à la tête du secrétariat général de l’ONU.

Yonwa Maïlébélé

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