Face à la montée en puissance d’œuvres rédigées ou corrigées par l’intelligence artificielle (IA), l’avenir du livre est en danger.
De nos jours, de nombreux auteurs peinent à vivre de leurs écrits. L’introduction de l’IA dans la production littéraire risque pourtant de compromettre l’appréciation des lecteurs confrontée aux interférences d’algorithmes. Aussi, en laissant l’IA prendre progressivement la place de l’homme, en créant de nouvelles tendances basées sur ce qui plaît et se vend le plus, ne risque-t-on pas de perdre davantage tout ce qui fait la richesse de notre diversité culturelle? Dans ce contexte, la lecture de livres émerge, de manière contre-intuitive, comme un remède essentiel à la perte de compétences indispensables. Contrairement aux méthodes qui décident pour les hommes sur les plateformes sociales, la lecture d’un livre impose un choix réfléchi. « Choisir un livre, c’est déjà exercer son discernement », reconnait Roland Ourgo, assistant d’avocat. Il poursuit que, lire des livres permet un renforcement progressif de la culture et le développement d’un véritable esprit critique. Contrairement aux réseaux sociaux qui favorisent les raccourcis par définition trop simplistes et les interprétations erronées.
« Moi, en tant que lecteur, je ne veux pas lire quelque chose qui provient d’un ordinateur. Les livres sont un moyen de se connecter aux autres. Vous pouvez vous connecter à la vision du monde d’un auteur et voir comment son expérience se chevauche avec la vôtre », a expliqué Sébastien Noumba, un étudiant rencontré au Centre Universitaire Catholique (CUC) de Sabangali à N’Djaména.
Le président des Associations des écrivains et auteurs du Tchad (ASEAT), Sosthène Mbernodji, a reconnu la menace encouruepar l’IA pour l’avenir du livre, mais il reste optimiste. « Quand vous parlez du fond de votre cœur, vous faites ressortir vos sentiments au plus profond de vous-même, comme il a été par exemple dans les premiers mouvements de lutte contre la négritude ou la lutte pour l’indépendance. Lorsque les écrivains prennent leurs plumes pour faire sortir du fond d’eux-mêmes, ce qu’ils ressentent et le modèle de société qu’ils désirent, la chaleur humaine, l’humanité se dégage », souligne-t-il. Il mentionne quele livre a de tous les temps et de toutes les époques joué un rôle important que ce soit dans la lutte civique ou politique dans de nombreux pays. « L‘intelligence artificielle, contrairement aux spéculations ou à ce que les gens pensent, est plutôt une plus-value pour le monde intellectuel. Puisque le livre, dans son format comme papyrus, pourrait être au format numérique oupapier. Le livre a connu plusieurs transformations, plusieurs métamorphoses et l’IA ne peut pas empêcher l’émergence du livre », a-t-il martelé.
L’IA un outil incontournable dans la recherche
L’IA, selon lui est un outil performant pour les recherches. Ellepermet à l’homme de s’en servir comme un meilleur outil de la chaîne littéraire, de bien illustrer, par exemple la page du livre ou la couverture et de faire de bons montages. « Mais l’IA, en soi ne peut pas se supplanter à la chaleur, au sentiment, auressentiment, qu’éprouvent les humains pour prendre ses textes ou pour jouer son rôle d’acteur majeur dans la société ».
Selon l’écrivain tchadien, Sosthène Mbernodji, dans le circuit du livre, ce sont, en effet, les livres qui dictent l’espérance de vie d’une création littéraire, malgré le rôle majeur que jouent les éditeurs, les distributeurs ou encore les libraires dans la valorisation d’une publication. Les avis des lecteurs et leur comportement d’achat vont souvent contribuer à asseoir la carrière d’un auteur et la longévité d’un livre. Sans oublier que les réseaux sociaux offrent à de nombreux lecteurs la possibilité de mettre en avant leur coup de cœur, tout en exprimant leurs avis sur leur lecture ou en leur attribuant une note de satisfaction. Aujourd’hui, les passionnées du livre et de la lecture ont investi, sans retenue,le net, créant une nouvelle mode de lecture, car l’on peut faire 5 heures pour lire sur les réseaux sociaux et difficiles de lire pendant 30 minutes un livre.
S’agissant du programme scolaire qui est en déphasage avec la réalité de l’ère, le président de l’ASEAT explique qu’à l’école primaire, comme dans le secondaire le programme existe, sauf que ce programme est confronté au numérique. C’est ainsi que l’UNESCO en partenariat avec certains organismes, est en train de mettre un programme qui s’appelle les ressources éducatives libres, c’est-à-dire faire en sorte que tous les manuels scolaires soient numérisés et conseille la maitrise de l’IA qui est incontournable.
Yonwa Maïlébélé












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