Au Tchad, l’on assiste fréquemment à des cérémonies de remise d’aides alimentaires ou humanitaires, quelle que soit leur appellation. Ces initiatives visent à venir en aide aux personnes les plus démunies. Pourtant, cette pratique suscite des appréciations diverses et mérite réflexion.
Tous les bénéficiaires ne relèvent pas des mêmes critères ni des mêmes réalités sociales. Il est évident que les personnes âgées, celles vivant avec un handicap ou encore les ménages frappés par une vulnérabilité extrême ont un besoin légitime d’assistance. En revanche, d’autres, bien valides, gagneraient davantage à être accompagnés vers l’autonomie. Comme le dit un adage populaire : « Il faut apprendre à pêcher plutôt que de donner du poisson ».
L’aide humanitaire est par définition, une assistance d’urgence et ponctuelle mise en place lors de crises exceptionnelles ou de catastrophes naturelles. Elle se distingue de l’aide au développement par son caractère immédiat et temporaire. Elle se traduit concrètement par la distribution de vivres, d’eau, d’abris ou de soins aux populations affectées. Financé par l’État et les partenaires internationaux, ce dispositif s’appuie souvent sur des structures comme la Croix-Rouge ou les Banques alimentaires.
Cependant, la manière dont certaines organisations, associations ou formations politiques procèdent à ces distributions peut, à long terme, installer une forme de dépendance. Certains bénéficiaires, pourtant aptes au travail, pourraient subvenir à leurs besoins par leurs propres efforts si des opportunités leur étaient offertes. Il serait donc préférable de les structurer en associations ou en coopératives et de les accompagner à travers des formations aux petits métiers, à l’entrepreneuriat ou aux activités génératrices de revenus. Une telle approche favorise la création d’entreprises locales et contribue durablement au développement du pays. Ces initiatives peuvent également bénéficier de l’appui du gouvernement et de ses partenaires techniques et financiers, notamment dans le cadre des politiques publiques mises en œuvre sous la 5ᵉ République.
Pour mémoire, l’aide humanitaire repose sur les principes de neutralité et d’impartialité. Elle intervient lorsque les structures locales sont dépassées, afin de sauver des vies et de préserver la dignité humaine. Mais elle ne saurait, à elle seule, constituer une solution durable aux crises récurrentes.
À titre d’exemple, en 2024, la situation humanitaire au Tchad s’est dégradée sous l’effet conjugué des aléas climatiques, des urgences sanitaires et des conflits. Le pays fait face à une crise complexe, marquée par des facteurs conjoncturels et structurels d’ordre politique, sécuritaire, socio-économique et environnemental. Près de 40 % de la population aurait besoin d’une assistance humanitaire. Dans ce contexte, la mission Tchad de Solidarités International a poursuivi ses interventions dans des zones au contexte volatil notamment dans le bassin du lac Tchad. L’organisation a renforcé sa présence en développant des méthodes innovantes dans les domaines de la sécurité alimentaire, des moyens d’existence ainsi que de l’eau, de l’hygiène et de l’assainissement. Son action vise à améliorer l’accès des populations réfugiées et hôtes à l’eau potable et aux services d’assainissement, afin de prévenir les épidémies et de préserver la dignité humaine.
Au regard de cette situation, il apparaît indispensable de repenser l’approche de l’aide destinée aux personnes démunies mais valides. Au-delà des aides ponctuelles, il convient de promouvoir des mécanismes de résilience durable, axés sur la formation, l’emploi et l’autonomisation. Car, le véritable développement ne se construit pas dans l’assistanat permanent, mais dans la responsabilisation et la valorisation des capacités humaines.
La Rédaction












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