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Editorial

Éditorial : Faux médicaments, crimes de la santé publique

En 1992, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) définissait le médicament contrefait comme « un médicament qui est délibérément et frauduleusement muni d’une étiquette n’indiquant pas son identité ou son origine véritable ». Trente-quatre ans plus tard, cette définition demeure d’une brûlante actualité. Car derrière l’étiquette mensongère se cache une réalité tragique : des produits falsifiés, contaminés ou trompeusement présentés, au lieu de soigner, blessent, aggravent les pathologies, voire tuent.

Les faux médicaments ne relèvent pas d’une simple fraude commerciale, ils constituent un crime de la santé publique. Ils prospèrent sur la vulnérabilité des malades, la précarité des familles et les failles des systèmes sanitaires. Selon l’OMS, près d’un médicament sur dix circulant dans les pays à revenu faible ou intermédiaire est de qualité inférieure ou falsifié. Ce chiffre, à lui seul, dit l’ampleur du danger. Les conséquences sont connues ; résistances antimicrobiennes, échecs thérapeutiques, complications irréversibles, perte de confiance dans le système de santé. Dans ce contexte, le vote unanime du Sénat, le 23 février 2026, autorisant le gouvernement à ratifier la convention MEDICRIME, constitue une avancée juridique majeure. En s’alignant sur cet instrument adopté sous l’égide du Conseil de l’Europe, le Tchad affirme sa volonté de criminaliser plus sévèrement la fabrication, la distribution et la commercialisation des produits médicaux contrefaits, tout en renforçant la coopération internationale contre les réseaux transnationaux.

Mais une loi, à elle seule, ne suffira pas à assainir un marché marqué par des décennies de désordre. La prolifération des « docteurs Choukou » n’est pas le fruit du hasard. Elle prospère sur un terreau bien réel : insuffisance de pharmacies agréées en province, ruptures fréquentes de médicaments essentiels, faiblesse des infrastructures sanitaires, absence de laboratoires de contrôle performants, pouvoir d’achat limité des ménages.

Comment exiger du citoyen qu’il n’achète pas au marché informel si l’hôpital le plus proche est mal approvisionné ? La question de la souveraineté pharmaceutique illustre cette contradiction. Le projet du complexe pharmaceutique de Mandjafa dont la première pierre avait été posée, en 2012, par feu Maréchal Idriss Deby Itno, demeure le symbole d’une ambition inachevée.

Relancer une production locale conforme aux standards internationaux permettrait de réduire la dépendance aux importations et de mieux contrôler la qualité des produits. Mais produire localement exige rigueur, transparence et investissements durables. Il ne s’agit pas d’ériger une usine pour la photo inaugurale, mais de bâtir une filière viable, contrôlée et compétitive, capable de répondre aux besoins nationaux.

Le Sénat a fait sa part en votant à l’unanimité. La balle est désormais dans le camp du gouvernement. Ratifier ne suffit pas : il faut agir. Cela signifie moins de produits contrefaits sur les étals, davantage de contrôles efficaces, des sanctions exemplaires, des hôpitaux mieux approvisionnés et, enfin, une véritable industrie pharmaceutique nationale. La santé des Tchadiens ne peut plus attendre.

La Rédaction

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ATPE

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