Réunis en séance plénière, le lundi 16 mars 2026, les sénateurs ont interpellé le Premier ministre, chef du gouvernement, Ambassadeur Allah Maye Halina, à l’initiative du sénateur Abderaman Koulamallah. Cette interpellation porte sur la cohésion nationale et vise à faire la lumière sur les actions entreprises par le gouvernement pour renforcer l’unité nationale entre les différentes composantes du pays et promouvoir le vivre-ensemble. La séance est dirigée par le président du Sénat, Dr Haroun Kabadi.
Ces questions fondamentales portant sur la problématique de la cohésion nationale, la fragilité du tissu social, ces derniers temps, le manque de résultats concrets dans la prévention des tensions communautaires, ainsi que la réconciliation nationale et la réduction des inégalités, ont été débattues sans détour. Ces dernières années, la moindre tension peut rapidement dégénérer en conflit, endeuillant des familles et laissant des veuves et des orphelins. Selon les données présentées par le chef du gouvernement, Allah Maye Halina, 25 conflits communautaires ont été recensés entre janvier et juin 2025 sur l’ensemble du territoire national, faisant 136 morts et 166 blessés.
La plupart de ces affrontements sont liés à l’accès aux ressources naturelles, notamment les terres agricoles et les points d’eau. Les mouvements de transhumance, les effets du changement climatique et la pression démographique aggravent le phénomène. À cela s’ajoute un facteur particulièrement inquiétant : la prolifération des armes légères dans l’espace sahélien qui transforme parfois des différends locaux en affrontements meurtriers. Face à ces réalités, l’État tente de renforcer les mécanismes de prévention et de gestion des conflits, notamment entre agriculteurs et éleveurs dans plusieurs provinces du pays.
Dans la même veine, le Premier ministre a relevé que la question de la cohésion nationale demeure au cœur des préoccupations du gouvernement dans un contexte régional marqué par l’insécurité, la circulation des armes et la persistance des tensions communautaires. Il a rappelé que la paix sociale ne peut être considérée comme acquise dans un pays caractérisé par une grande diversité culturelle, ethnique et sociale. Pour lui, la cohésion nationale constitue l’un des fondements essentiels de l’action gouvernementale conduite sous la clairvoyance du président de la République, Maréchal Mahamat Idriss Deby Itno.
Une responsabilité dépassant les institutions
Au-delà des discours politiques, la stabilité du pays dépend largement de la capacité des institutions et des citoyens à préserver le vivre-ensemble. La cohésion nationale ne relève pas uniquement de la responsabilité de l’État. Elle repose également sur l’engagement de l’ensemble des composantes de la société. Familles, enseignants, leaders religieux et traditionnels, journalistes, artistes ou encore responsables politiques participent chacun à sa manière à la construction d’un climat social apaisé. Les valeurs de tolérance, de respect et de solidarité doivent être transmises dès le cercle familial avant d’être consolidées dans les écoles, les lieux de culte et l’espace public.
L’un des axes majeurs de la stratégie gouvernementale, selon Allah Maye Halina, repose sur le renforcement de l’administration territoriale. Celle-ci constitue la première ligne de l’État dans la gestion des tensions locales. Legouvernement a ainsi entrepris de renforcer les capacités des autorités administratives, d’améliorer leurs moyens logistiques et d’encourager les actions de sensibilisation sur le vivre-ensemble. La sécurisation des couloirs de transhumance et la mise en place de comités locaux de prévention des conflits agro-pastoraux figurent parmi les initiatives destinées à réduire les tensions entre communautés. Ces dispositifs s’appuient également sur la participation des autoritéstraditionnelles et coutumières dont le rôle de médiation reste essentiel dans de nombreuses localités.
La question de la circulation des armes de guerre
La prolifération des armes constitue l’un des défis les plus complexes auxquels le Tchad est confronté. Dans plusieurs zones rurales, la possession d’armes par des civils contribue à l’escalade des violences lors des conflits communautaires.Pour y faire face, Allah Maye Halina a informé les sénateurs que le gouvernement a mis en place une commission mixte de désarmement dans les 23 provinces du pays. Les opérations menées par les forces de défense et de sécurité ont permis de saisir plus de 3889 armes de juin 2025 à nos jours.
Les trafics d’armes restent difficiles à contrôler. Sur cet aspect, les autorités ont entrepris de renforcer les capacités de la Garde nationale et nomade du Tchad (GNNT), une force particulièrement présente dans les zones rurales et frontalières. Au-delà des mesures sécuritaires, le gouvernement mise également sur une approche plus structurée de la cohésion nationale. Une stratégie nationale couvrant la période 2024-2029 a été élaborée avec l’appui du Programme des Nations Unies pour le développement et de la Médiature de la République. Cette stratégie vise à renforcer l’État de droit, améliorer l’accès aux services publics et promouvoir un dialogue inclusif entre les communautés. Elle prévoit également la mise en place de mécanismes de médiation destinés à prévenir les conflits avant qu’ils ne dégénèrent.
Abakar Gombo Doungous et Blaise DjimadoumNgarngoune












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