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Editorial : Cohésion sociale sans repli identitaire

La cohésion sociale a fait l’objet d’une interpellation au Sénat le lundi 16 mars courant. Face aux sénateurs, le Premier ministre, chef du Gouvernement, a dû répondre à leurs préoccupations sur cette question. Concept à la fois sociologique et politique de plus en plus évoqué, la cohésion sociale apparaît aujourd’hui comme une alternative pour endiguer les nombreuses dérives sociales et sécuritaires, parmi lesquelles figure le repli identitaire.

En effet, au-delà de l’impunité et du favoritisme souvent dénoncés comme des menaces pour l’unité nationale, le repli identitaire demeure l’un des principaux obstacles à la cohésion sociale. Il se manifeste par une forte identification à une communauté, à un espace géographique précis, à un clan, voire à une famille. Associé à des intérêts supposés à préserver ou à défendre, ce phénomène s’est progressivement enraciné dans les mentalités. Au fil des années, il est devenu un critère implicite, non écrit, susceptible d’influencer certaines décisions sociales et politiques. Pire encore, il tend à s’imposer comme une représentation sociale qui peut parfois fragiliser l’autorité de l’État et constituer une entorse au fonctionnement normal du système judiciaire.

Il faut le reconnaître sans détour, si la cohésion sociale au Tchad vacille parfois, c’est aussi en raison de la persistance de souvenirs liés à des épisodes historiques douloureux qu’a connus le pays. Dans l’inconscient collectif, ces événements servent parfois de référence pour justifier certains replis identitaires. À ce niveau, l’influence de regroupements et d’associations à caractère identitaire n’est pas négligeable. Dans ces milieux, le principal critère de rassemblement demeure souvent la filiation. Fort heureusement, l’ordonnance n°023/PR/2018 du 27 juin 2018 a proscrit la constitution d’associations fondées sur de telles bases.

Il est, certes, légitime que des communautés s’organisent pour promouvoir et valoriser leurs cultures et leurs traditions, conformément aux textes qui régissent la vie en société. Toutefois, cela ne devrait pas servir de prétexte à la création de structures parallèles susceptibles de supplanter les valeurs républicaines, d’encourager la haine ou de fragiliser la cohésion sociale. Qu’on le veuille ou non, la cohésion sociale n’est pas une option. Elle constitue une valeur essentielle à la pérennité de la nation. Elle ne saurait être compromise par des comportements rétrogrades qui ne trouvent leur intérêt ni dans la paix ni dans la stabilité de tout un peuple.

D’ailleurs, les Tchadiens de la diaspora démontrent souvent, à travers le monde, qu’il est possible de vivre ensemble, de s’organiser et de coopérer dans un esprit de fraternité, sans se laisser enfermer dans des replis identitaires. Cet exemple devrait inspirer ceux qui vivent au pays. La diversité culturelle du Tchad, loin d’être une faiblesse, constitue une véritable richesse. Elle ne doit en aucun cas devenir un prétexte pour saper les efforts des gouvernants ou compromettre l’unité nationale. Plus que jamais, chacun est appelé à revisiter ses attitudes et ses comportements afin de contribuer au renforcement de la cohésion sociale, expression même du vivre-ensemble que tous les acteurs de la société appellent de leurs vœux.

La Rédaction

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