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Politique Tchad

Province du Lac : Entre ambitions de développement et limites budgétaires

Mis en place dans le cadre de la décentralisation au Tchad, le Conseil provincial du Lac, s’efforce de répondre aux attentes des populations locales. Entre contraintes financières, défis organisationnels et enjeux de coordination institutionnelle, son président, Moustapha Mahamat Mamadou, dresse un état des lieux des actions engagées, des difficultés rencontrées et des perspectives de développement.

Encore en phase de structuration, l’institution affiche néanmoins une volonté affirmée d’agir pour le développement local. « Le Conseil provincial du Lac se porte bien. Depuis sa mise en place, nous sommes à pied d’œuvre pour le rendre pleinement opérationnel », affirme son président. Dans cette dynamique, des tournées ont été organisées dans les différents départements de la province afin d’établir un contact direct avec les populations. Ces consultations ont permis de recenser les besoins prioritaires et de les intégrer dans le plan d’action provincial. « Ce plan d’action nous permettra d’aller à la rencontre des populations et de répondre à leurs doléances », précise-t-il.

L’objectif principal demeure l’amélioration des conditions de vie des populations, à travers des interventions dans des secteurs jugés prioritaires tels que la santé, l’éducation, l’accès à l’eau et les infrastructures. Dans cette optique, des recrutements ont été réalisés pour renforcer les services publics. Au total, 40 enseignants ont été intégrés dans le système éducatif local, ainsi que 15 infirmiers et 15 sages-femmes pour appuyer les structures sanitaires.

Par ailleurs, un forum provincial sur la santé a été organisé afin d’identifier les dysfonctionnements du système sanitaire local. Les recommandations issues de cette rencontre devraient orienter les futures actions du Conseil, en collaboration avec les services techniques et les partenaires. Le Conseil prévoit également la réhabilitation de plusieurs centres de santé restés fermés depuis des années, en partenariat avec des acteurs institutionnels.

Des contraintes financières persistantes

Malgré ces initiatives, le Conseil provincial du Lac fait face à d’importantes difficultés financières. Son fonctionnement repose essentiellement sur les subventions de l’État, jugées insuffisantes au regard des besoins. Pour l’année 2025, sur un budget prévisionnel de plus de 491 millions de FCFA, seulement 100 millions ont été effectivement mobilisés. Cette situation limite considérablement les capacités d’intervention de l’institution, contrainte de privilégier son fonctionnement interne au détriment des investissements. À cela s’ajoute la faible mobilisation des ressources propres. Les mécanismes de recouvrement des taxes locales restent encore peu clairs, notamment en ce qui concerne la fiscalité liée aux antennes de télécommunication et au secteur de l’élevage. Cette situation freine le développement d’une autonomie financière.

Sur le plan institutionnel, les relations avec les populations sont jugées satisfaisantes, après une phase initiale de sensibilisation et d’identification des besoins. La collaboration avec les autorités administratives, notamment la délégation générale du gouvernement, est qualifiée de fonctionnelle, bien que des ajustements soient encore nécessaires dans la répartition des compétences. Le président du Conseil souligne également la nécessité d’une meilleure intégration des structures techniques et des dispositifs de développement dans le cadre de la décentralisation, afin d’éviter les chevauchements.

Au niveau national, le Conseil provincial du Lac entretient des relations étroites avec les autres conseils provinciaux, à travers une dynamique de coopération. Cette synergie favorise le partage d’expériences et le renforcement de la coordination des actions de développement. Malgré les défis, les autorités provinciales se montrent optimistes. Elles considèrent la décentralisation comme une opportunité majeure pour rapprocher l’administration des citoyens et améliorer la gouvernance locale.

Toutefois, la réussite de ce processus dépendra de plusieurs facteurs clés, notamment la clarification des compétences, le renforcement des ressources financières et l’accompagnement effectif de l’État ainsi que des partenaires techniques et financiers.

Billah Adoum Hassan

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