À Yaoundé, capitale du Cameroun, le chantier de la future ambassade de la République du Tchad est à l’arrêt depuis plus d’une décennie. Lancé en octobre 2013, ce projet d’infrastructure diplomatique, initialement prévu pour être achevé en 18 mois, demeure inachevé à ce jour, principalement en raison d’un déficit de financement. Pendant ce temps, la chancellerie tchadienne continue d’occuper des bâtiments loués, générant des charges supplémentaires pour l’État.
Selon nos informations, le chantier devait initialement être achevé dix-huit mois après le lancement des travaux. « C’est pour cette raison que l’ambassade avait été provisoirement transférée dans un bâtiment loué. L’objectif était que les travaux soient terminés au bout d’un an et demi afin que les clés soient remises à la chancellerie », explique notre informateur.
Mais plus de dix ans après le démarrage du projet, la situation demeure inchangée. Le bâtiment destiné à abriter l’ambassade n’est toujours pas achevé, tandis que la chancellerie continue d’occuper des locaux loués. Actuellement, l’ambassade du Tchad fonctionne dans un bâtiment vétuste, loué au coût mensuel de 1 800 000 francs CFA. Une situation qui pourrait encore se compliquer. Le bailleur a notifié à la chancellerie qu’à compter du 1er décembre 2027, celle-ci devra soit libérer les lieux, soit accepter une révision du loyer qui passerait à 2 500 000 francs CFA par mois. Nous informe une source concordante digne de foi.
Un projet freiné par des difficultés financières
La principale difficulté évoquée concerne le financement du projet. « Comme vous le savez, le nerf de la guerre, c’est l’argent. Les fonds nécessaires n’ont pas été versés à l’entreprise chargée des travaux. Sans paiement, l’entreprise ne peut pas poursuivre le chantier », souligne un technicien. Le coût global de chantier de l’ambassade du Tchad au Cameroun, est estimé à 4 milliards 554 millions 566 534 francs CFA. Seulement, 729 millions 685 156 francs CFA ont déjà été décaissés. Il reste donc environ 3 milliards 824 millions 877 378 francs CFA à mobiliser pour achever complètement les travaux du complexe y compris la modification et l’adaptation aux avancements technologiques.
Ce futur complexe diplomatique est présenté comme un projet d’envergure. Il devrait abriter plusieurs infrastructures, les bureaux de la chancellerie, la résidence de l’ambassadeur et même une loge présidentielle destinée à accueillir d’éventuelles visites officielles.
La colonie tchadienne estime que l’achèvement de ce bâtiment constituerait un symbole important pour l’image du pays. « C’est un édifice imposant. S’il est terminé, il fera la fierté du Tchad et renforcera sa crédibilité vis-à-vis du Cameroun où se trouvent de nombreuses ambassades », affirme-t-elle.
Dans l’état actuel des choses, les conditions d’accueil à l’ambassade du Tchad sont jugées peu satisfaisantes. Les diplomates étrangers y sont reçus dans le cadre de travail, mais la chancellerie reconnait que la situation peut être gênante dans un bâtiment en état de délabrement avancé. « Nous recevons ici des diplomates de plusieurs pays. Mais lorsque nous visitons d’autres ambassades, le contraste est frappant. Si le drapeau n’était pas visible, on ne croirait même pas qu’il s’agit d’une ambassade. Le bâtiment actuellement occupé n’est pas adapté aux exigences d’une mission diplomatique, » lâche un personnel de l’ambassade.
Au fil des années, l’abandon prolongé du chantier a fini par marquer le paysage urbain de la zone. Selon les témoignages recueillis, le site est même devenu un repère pour certains habitants. « Quand quelqu’un prend un taxi, il peut dire “Déposez-moi au quartier Bastos, au niveau du chantier abandonné”. Entendre cela nous fait mal, car il s’agit du chantier de l’ambassade du Tchad », regrette-t-il.
La situation suscite également des inquiétudes sur le plan de la sécurité. Le mur de clôture du chantier présente des signes de fragilité et s’est partiellement affaissé. Des poutres ont été installées pour le soutenir, mais le risque d’effondrement demeure. « Nous craignons que cela ne tombe sur des enfants ou des passants », alerte-t-il.
Des promesses sans suite
Plusieurs chefs de départements ministériels ont déjà visité le site au fil des années. Parmi eux figurent des anciens ministres des Affaires étrangères Chérif Mahamat Zene, Mahamat Saleh Annadif, Abderaman Koulamallah, ainsi que le ministre des Finances Tahir Hamid Nguilin. D’autres membres du gouvernement, notamment en charge des infrastructures, ont également effectué des visites pour constater l’état du chantier. À chaque passage d’une autorité, nous l’emmenons voir le site. Cette dernière promet de faire quelque chose, mais jusqu’à présent, rien de concret n’a été fait pour terminer le bâtiment », déplore notre interlocuteur.
Le Directeur général de l’entreprise en charge de l’exécution des travaux, explique les premières difficultés liées à l’avance de démarrage, indispensables pour financer les premières opérations, n’a été débloquée qu’en mai 2014, soit près de huit mois après le lancement officiel des travaux. Ce retard de financement a ralenti le rythme du chantier dès ses débuts.
Selon lui, le chantier a été interrompu le 30 juin 2016, principalement en raison de difficultés liées au paiement des décomptes. Entre octobre 2015 et 2016, plusieurs factures correspondant à l’avancement des travaux ont été soumises. Ces décomptes n’ont été réglés qu’en septembre 2019, soit plusieurs années après leur émission.
Malgré l’arrêt du chantier, certaines interventions ont été réalisées pour protéger les structures déjà construites. En 2019, l’entreprise a été sollicitée pour sécuriser les bâtiments existants. Des travaux de protection ont été réalisés, notamment la mise en place de charpentes et de toitures sur plusieurs bâtiments du complexe.
La question du niveau réel d’avancement des travaux reste aujourd’hui sujette à interprétation. Dans un procès-verbal datant du 28 novembre 2025, lors d’une visite du chantier par la chancellerie, l’avancement physique des travaux est de 47%. Cependant, l’entreprise affirme que l’avancement des travaux effectivement réalisés, notamment les structures et les toitures, se situerait plutôt entre 47 % et 50 %. Selon l’entreprise, cet écart s’explique par le fait que certaines réalisations, notamment les charpentes et les couvertures, n’avaient pas encore été intégrées dans les décomptes officiels au moment des missions d’évaluation.
Aujourd’hui, malgré l’importance du projet pour la représentation diplomatique du Tchad au Cameroun, le chantier reste à l’arrêt. L’entreprise indique être toujours en attente de régularisation de certains paiements et d’instructions officielles pour la reprise des travaux. Plus de dix ans après le lancement des travaux, l’achèvement de ce complexe diplomatique demeure donc suspendu à la résolution des contraintes administratives et financières qui freinent le projet.
Face à cette situation, un appel est lancé aux plus hautes autorités de la République afin que les financements nécessaires soient mobilisés pour achever le projet.
Abakar Gombo Doungous, envoyé spécial












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