Dans la province du Mandoul, le chantier de la décentralisation progresse à pas mesurés, mais avec une détermination qui force l’attention. À la tête du Conseil provincial depuis la disparition brutale de son prédécesseur, Frédéric Raïkina Bealoum incarne aujourd’hui cette volonté de poursuivre l’élan engagé malgré les vents contraires.
Le souvenir du défunt président, Frédéric Millet Rombat, demeure encore vif. Décédé le 8 décembre 2025, à N’Djaména, celui qui devait poser les bases solides du fonctionnement de l’institution laisse, derrière lui, une équipe contrainte de s’adapter dans l’urgence. « Malgré cette perte, le Conseil se porte à merveille », assure son successeur intérimaire, dans un ton mêlant résilience et pragmatisme.
Depuis cette transition imprévue, quelques actions concrètes ont vu le jour. Dans une province où les besoins en infrastructures sont criants, la réhabilitation des établissements scolaires figure parmi les priorités. « Quatre départements ont déjà bénéficié de travaux de rénovation des bâtiments de lycées, un effort notable, même si deux zones restent encore en attente », précise le président intérimaire du Conseil provincial du Mandoul.
À cela s’ajoute une initiative plus symbolique, mais tout aussi essentielle : l’organisation d’une semaine culturelle consacrée à la cohabitation pacifique. L’événement, largement salué, selon Frédéric Raïkina Bealoum, a mobilisé les communautés autour d’un message d’unité, dans une région où le vivre-ensemble constitue un enjeu permanent.
Malgré ces avancées, les difficultés structurelles persistent. La principale contrainte reste, sans surprise, le financement. Le Mandoul figure parmi les provinces n’ayant pas encore perçu l’intégralité de leurs dotations budgétaires. Une situation qui ralentit l’exécution des projets et impose une gestion au jour le jour. « Les financements tardent toujours », confie le président intérimaire, résumant en une phrase le principal défi auquel l’institution est confrontée.
À cette contrainte budgétaire, s’ajoute une réalité bien connue dans les provinces les plus fragiles du pays : l’insuffisance des ressources face à l’ampleur des besoins. Province parmi les plus modestes du Tchad, selon Frédéric Raïkina Bealoum, le Mandoul doit composer avec un budget qui ne couvre qu’une partie des ambitions affichées. Une équation délicate, qui oblige les autorités locales à faire preuve d’ingéniosité et à établir des priorités.
Sur le terrain, cependant, un motif d’espoir se dessine. Les relations avec la population semblent s’améliorer à mesure que les mécanismes de décentralisation sont expliqués et compris. « Sensibilisée, la population s’implique davantage et facilite la communication avec nous », indique le président intérimaire. Une dynamique encourageante, qui contraste avec certaines résistances observées du côté administratif. « Certains ne sont pas prêts à céder une partie de leur pouvoir », reconnaît-il sans détour.
Malgré ces obstacles, le Conseil provincial du Mandoul ne travaille pas en vase clos. Les relations avec les autres conseils provinciaux sont jugées « fluides », notamment grâce à l’appui de l’Association nationale des provinces du Tchad, qui favorise les échanges et la coordination entre les différentes entités.
Entre ambitions freinées et initiatives concrètes, le Mandoul avance progressivement. Si les moyens font encore défaut, la volonté, elle, semble bien installée. Reste à savoir si, avec le temps et un soutien financier plus régulier, cette dynamique pourra pleinement porter ses fruits et inscrire durablement le concept de décentralisation dans le quotidien des populations.
Sikngaye Tamaltan Inès












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