Dans un contexte de pression démographique et de sols de plus en plus sollicités, les intrants agricoles s’imposent au Tchad comme un levier essentiel pour accroître les rendements. Mais leur utilisation, encore inégale selon les filières et les niveaux d’encadrement, soulève des défis liés à la maîtrise des pratiques, à la formation des producteurs et à la préservation des ressources naturelles.
Pour l’ingénieure agroéconomiste, Larhidi Tarang Nadège, « les intrants agricoles sont des substances apportées au sol pour influencer la croissance des cultures et améliorer les rendements ». Une définition qui met en lumière leur rôle central dans les systèmes de production modernes. Ces intrants regroupent principalement les semences, les fertilisants et les produits phytosanitaires (qui garantit la bonne santé des plantes). Leur contribution à la production est déterminante. D’après elle, ils permettent d’abord d’améliorer la qualité et la résilience des cultures grâce aux semences améliorées, capables de mieux résister aux contraintes climatiques, notamment la sécheresse. Ils participent ensuite à l’augmentation des rendements en compensant l’épuisement naturel des sols en éléments nutritifs essentiels comme l’azote, le phosphore et le potassium. Enfin, ils jouent un rôle de protection des récoltes face aux ravageurs et aux maladies. À ce titre, l’agroéconomiste souligne que les produits phytosanitaires « sécurisent l’investissement de l’agriculteur en évitant des pertes parfois totales en cas d’invasion de parasites ». Dans un contexte où la pression sur les terres cultivables s’intensifie, ces intrants apparaissent ainsi comme un passage obligé pour soutenir une agriculture capable de nourrir une population en croissance.
Entre intrants organiques et chimiques, une complémentarité nécessaire
Sur le terrain, deux grandes catégories d’intrants coexistent : les intrants organiques et les intrants chimiques. Les premiers proviennent de la décomposition de matières animales ou végétales, telles que le fumier, le compost ou encore les résidus de récolte. Les seconds, issus de l’industrie, offrent une réponse rapide aux besoins nutritionnels des plantes. La différence essentielle entre ces deux types d’intrants réside dans leur mode d’action. Les intrants chimiques sont directement assimilables par les plantes, offrant une efficacité immédiate, tandis que les intrants organiques nécessitent une transformation préalable par les micro-organismes du sol. « L’intrant chimique est prêt à consommer, alors que l’intrant organique agit dans la durée », résume, Larhidi Tarang Nadège, mettant en évidence une logique de complémentarité plutôt que d’opposition.
Au-delà de leur effet nutritif, les intrants organiques jouent un rôle structurant pour les sols. Ils améliorent leur aération, favorisent la rétention d’eau et renforcent leur résistance à l’érosion. À l’inverse, les intrants chimiques, s’ils sont utilisés de manière exclusive et prolongée, peuvent contribuer à la dégradation progressive de la fertilité des sols. Cependant, les intrants organiques ne sont pas exempts de contraintes. Leur faible concentration en nutriments impose des quantités importantes pour obtenir des résultats comparables à ceux des engrais chimiques. Leur action est également plus lente.
Des risques liés à une mauvaise utilisation des intrants chimiques
Si les intrants chimiques offrent des avantages indéniables en termes de rendement et de rapidité d’action, leur mauvaise utilisation peut avoir des conséquences importantes sur la santé humaine et l’environnement. La spécialiste met en garde contre les intoxications aiguës liées à la manipulation des produits, notamment lors des opérations de pulvérisation sans équipement de protection. Elle évoque également des effets à long terme, pouvant inclure des maladies chroniques ou des troubles de la fertilité en cas d’exposition répétée.
Sur le plan environnemental, les impacts sont tout aussi préoccupants. Le lessivage des produits chimiques peut entraîner la contamination des eaux souterraines et des cours d’eau, affectant la biodiversité aquatique. Les pesticides non sélectifs, quant à eux, peuvent éliminer des espèces utiles comme les abeilles ou les coccinelles, essentielles à l’équilibre des écosystèmes agricoles. À cela s’ajoute l’appauvrissement progressif des sols, notamment lorsque les engrais minéraux sont utilisés sans apport organique.
Malgré ces risques, de nombreux producteurs continuent de privilégier les intrants chimiques en raison de leur efficacité immédiate et de leur disponibilité. Dans certaines zones, leur adoption est également facilitée par des structures d’encadrement technique, notamment pour les cultures de rente. En revanche, les producteurs de cultures vivrières et de maraîchage disposent souvent de moins d’accompagnement, ce qui entraîne des pratiques empiriques, parfois inadaptées.
Face à ces constats, l’ingénieure agroéconomiste, Larhidi Tarang Nadège, insiste sur la nécessité d’une approche plus équilibrée. Elle recommande notamment une utilisation combinée des intrants organiques et chimiques, une stratégie qui permet d’allier productivité et durabilité. Cette intensification dite durable repose sur un principe simple : tirer profit des avantages de chaque type d’intrant tout en limitant leurs effets négatifs. Enfin, elle rappelle l’importance du respect des bonnes pratiques agricoles, résumées en quatre principes fondamentaux : le bon produit, la bonne dose, le bon moment et le bon endroit. L’avenir de l’agriculture tchadienne, estime-t-elle, dépend autant de la disponibilité des intrants que de la capacité des producteurs à les utiliser de manière raisonnée.
Sikngaye Tamaltan Inès












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