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Justice Tchad

Chronique judiciaire : Un divorce sur fond d’accusations d’adultère

Le tribunal correctionnel de la Cour d’appel de N’Djaména s’est penché, le mercredi 15 avril 2026, sur une affaire conjugale particulièrement complexe mêlant séparation de fait, procédure de divorce et accusations d’adultère. Entre S. N. et S.H., le différend marital a pris une tournure pénale, sur fond de preuves jugées insuffisantes par la défense.

L’origine du litige remonte à 2019, année au cours de laquelle S. N. aurait quitté le domicile conjugal. Malgré plusieurs tentatives de médiation familiale, la rupture s’est confirmée en octobre 2020 avec l’introduction d’une demande de divorce. Bien que toujours légalement mariés, les deux époux vivent séparés depuis plusieurs années.

Par la voix de son conseil, la partie civile décrit une situation marquée par des tensions profondes. S. N affirme avoir été contrainte de quitter le domicile conjugal en raison de difficultés à concevoir un enfant. Elle accuse également son époux de se soustraire à ses responsabilités financières, notamment le remboursement d’un crédit de 21 millions de francs CFA contracté par le couple, qu’elle dit assumer seule. À ce préjudice matériel, s’ajoute un important préjudice moral. Pour l’ensemble, elle réclame 120 millions de francs CFA de dommages et intérêts.

Le cœur du procès repose toutefois sur une plainte pour adultère déposée contre S. H. La plaignante affirme l’avoir surpris, en 2022 à son retour à N’Djamena, en compagnie d’une certaine S. G., qui aurait quitté précipitamment les lieux en la voyant arriver. Autre élément avancé, le nom de cette dernière figurerait comme unique bénéficiaire d’un contrat d’assurance souscrit par S. H.

La défense rejette fermement ces accusations. Selon le conseil du prévenu, les éléments présentés ne permettent pas de caractériser le délit d’adultère. Il soutient que les époux vivent séparés depuis plusieurs années, chacun menant sa vie de manière indépendante, avec un accord tacite. « Le mariage suppose une communauté de vie », a-t-il rappelé, précisant que S. H. résidait au Mali pendant que son épouse vivait au Tchad. Plus encore, la défense avance que la plaignante entretiendrait elle-même une relation, estimant que la plainte s’inscrit dans une logique de règlement de comptes. Elle conteste également la valeur des témoignages présentés, notamment celui d’un proche du prévenu évoquant une relation supposée connue dans l’entourage familial.

Au centre des débats figurent également S. G., poursuivie pour complicité présumée d’adultère. Toutefois, malgré les éléments évoqués, le ministère public comme la défense relèvent l’absence de preuves matérielles établissant un flagrant délit. Le conseil du prévenu a d’ailleurs rappelé que S. H. avait déjà bénéficié d’une relaxe après deux mois de détention provisoire, faute de preuves suffisantes.

Une décision attendue

Face à la complexité du dossier, le ministère public s’en est remis à la sagesse de la cour pour une application stricte de la loi. La question centrale demeure, la juridiction retiendra-t-elle l’existence du lien matrimonial pour qualifier l’adultère, ou prendra-t-elle en compte la séparation de fait des époux depuis plusieurs années ?

À l’issue de l’audience, le tribunal a décidé de renvoyer l’affaire. La reprise des débats est prévue pour le 29 avril 2026, date à laquelle le ministère public présentera ses réquisitions, étape déterminante avant le verdict final.

Dédjébé Gniyei Achta Winnie

 

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