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Kanem : Manque d’enseignants et d’infrastructures scolaires

À Mao, chef-lieu de la province du Kanem, la question de l’éducation reste un défi majeur, malgré les efforts engagés ces dernières années par les plus hautes autorités. L’insuffisance des écoles, d’infrastructures scolaires et le manque d’enseignants sont les maux que vit la province.

La carte scolaire de la province révèle une réalité préoccupante. Selon Ali Abakar Kayaï, planificateur à la délégation provinciale de l’Éducation nationale du Kanem, la province compte actuellement  environ 479 écoles, révélant que la situation diffère selon les cycles d’enseignement. « Au primaire, nous avons 118 écoles. Au secondaire, on a 20 établissements, mais seulement 10 sont réellement fonctionnels. Et pour les lycées, nous disposons de 5 lycées, dont trois publics et deux privés», explique-t-il.

Cette cartographie scolaire montre un déséquilibre important entre les besoins réels de la population et les capacités actuelles d’accueil. Dans plusieurs localités, les établissements sont insuffisants et fonctionnent dans des conditions difficiles.

Sur le plan des infrastructures, le primaire dispose de 138 salles de classe en dur, un chiffre encore faible au regard des besoins. Le mobilier scolaire reste également limité avec 2 100 tables-bancs recensées. « Il y avait des tables-bancs, mais elles ne sont pas suffisantes », reconnaît Ali Abakar Kayaï.

Dans le cadre du Projet d’Amélioration des Résultats d’Apprentissage de l’Éducation de Base (PARAEB) et avec l’appui du Ministère de tutelle, plusieurs missions de réception de sites ont été menées récemment pour accélérer les constructions scolaires. Il annonce que les collèges devraient bénéficier de 46 nouvelles infrastructures scolaires, tandis que plusieurs établissements recevront trois salles de classe supplémentaires ainsi que des blocs de latrines. « La semaine passée, nous avons effectué des missions avec l’équipe ministérielle et les entreprises pour la réception des sites de construction », précise-t-il.

Malgré ces avancées, dit le planificateur, les besoins restent énormes, notamment dans les zones rurales où certaines écoles continuent de fonctionner dans des conditions très précaires.

Il faut des enseignants qualifiés

De son avis, le principal obstacle n’est pas seulement la construction des écoles, mais surtout l’absence d’enseignants qualifiés. « Le problème crucial, c’est le problème des enseignants. C’est un problème fondamental et un problème national », insiste-t-il.

Dans le Kanem, près de 75 % des enseignants sont des maîtres communautaires, souvent recrutés par les communautés elles-mêmes pour pallier l’absence de personnel affecté par l’État. « Toutes nos écoles fonctionnent avec les maîtres communautaires. Ces maîtres n’ont pas reçu les indemnités qui leur sont affectées. Aujourd’hui, cela fragilise énormément le système éducatif », déplore-t-il. Cette situation provoque parfois l’arrêt de certaines écoles, faute de personnel stable et suffisamment formé. « Si on a des enseignants, on peut même faire l’école sous l’arbre. Sans enseignants, on ne peut rien faire », martèle Ali Abakar Kayaï.

Depuis plusieurs années, la province n’a pas connu suffisamment de nouvelles constructions scolaires capables de répondre à la croissance démographique. «Depuis des années, on n’a pas vraiment vu de nouvelles constructions importantes », affirme-t-il. Des projets récents portés avec l’appui des partenaires techniques et financiers permettent d’espérer une amélioration progressive.

Le Programme alimentaire mondial (PAM) soutient actuellement 46 écoles dans la province, notamment à travers les cantines scolaires.«Avant, on avait 136 écoles appuyées par le PAM, mais avec la situation mondiale et les contraintes budgétaires, ils n’ont pu maintenir que 46 écoles », explique-t-il.

Les partenaires techniques tels l’UNICEF, l’UNESCO, ONU-FEMME et l’UNFPA interviennent également dans la construction des salles de classe, le déplacement des enseignants et l’appui aux infrastructures de base.

 Un plaidoyer pour l’intégration des enseignants

Face à cette situation, la délégation provinciale de l’Éducation nationale appelle le Ministère à agir rapidement sur la question du recrutement et de l’intégration des enseignants. « Cela fait des années qu’il n’y a pas eu d’intégration. Pendant ce temps, certains partent à la retraite, d’autres décèdent. Il faut impérativement les remplacer », plaide Ali Abakar Kayaï. Pour lui, sans une politique forte de recrutement, les efforts en matière d’infrastructures risquent de rester insuffisants.

Au Kanem, la carte scolaire ne se résume donc pas à des chiffres. Elle reflète surtout les inégalités d’accès à l’éducation et l’urgence d’un investissement durable pour garantir à chaque enfant une école fonctionnelle.

Man-Ya Allah Gisèle

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