Le ministre d’État, ministre des Finances, du Budget, de l’Économie, du Plan et de la Coopération internationale, Tahir Hamid Nguilin, a procédé, le 4 mai 2026, à l’installation officielle des responsables de la Société nationale de recouvrement des créances (SNRC). Cette étape marque la mise en œuvre concrète d’une réforme engagée depuis l’adoption de la Loi n°27/CNT/2024 d’octobre 2024 portant création de cette structure, pensée comme une réponse aux créances en souffrance qui fragilisent le développement économique du pays. Ainsi elle a pour missions entre autres de faire le recouvrement des créances, de procéder à la liquidation des établissements de crédit, de gérer les créances confiées par l’Etat et de participer au nom de l’Etat, directement ou indirectement à des activités ou opérations commerciales, financières et mobilières.
Sur le principe, l’initiative s’inscrit dans une logique compréhensible. L’accumulation de créances non recouvrées pèse sur les bilans des établissements financiers, limite leurs capacités de financement et, par ricochet, freine l’accès au crédit pour les entreprises comme pour les ménages. En dotant le pays d’un mécanisme dédié, les pouvoirs publics entendent assainir le secteur et restaurer une certaine fluidité dans l’économie.
Mais au-delà de l’intention, fallait-il créer une nouvelle structure pour répondre à un problème dont la prise en charge relève déjà, au moins en partie, d’institutions existantes ? Entre l’Agent judiciaire de l’État, les services du ministère des Finances, les corps d’inspection et la Cour des comptes, le dispositif institutionnel en matière de contrôle et de suivi des créances publiques n’est pas inexistant. À cela s’ajoutent d’autres organes comme la Direction générale du contrôle des marchés publics (DGCMP). Dans ce contexte, la création de la SNRC soulève la question récurrente de la superposition des structures. Le risque n’est pas tant dans l’existence d’un nouvel outil que dans son articulation avec l’existant. Sans clarification des rôles, sans coordination effective et sans mécanismes de redevabilité clairement définis, une institution supplémentaire peut rapidement devenir redondante, voire inefficace.
L’enjeu se situe donc moins dans la création que dans l’opérationnalisation. La SNRC devra démontrer sa valeur ajoutée, non pas en se substituant aux autres entités, mais en comblant les failles identifiées dans le dispositif actuel. Cela suppose des procédures transparentes, une gouvernance rigoureuse et des résultats mesurables en matière de recouvrement.
Par ailleurs, la question des compétences reste centrale. Une structure spécialisée exige des profils qualifiés, capables de traiter des dossiers souvent complexes, à la croisée du droit, de la finance et de la gestion publique. Sans expertise solide, l’efficacité recherchée risque de rester théorique.
La SNRC peut constituer un levier utile pour renforcer la discipline financière et soutenir le secteur bancaire. Encore faut-il éviter qu’elle ne s’ajoute à une architecture déjà dense sans en corriger les insuffisances. Comme souvent en matière de réforme, tout dépendra de la cohésion d’ensemble et de la volonté de faire fonctionner, de manière complémentaire, les instruments déjà en place.
La Rédaction











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