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Canicule : Quand le climat devient un défi économique

 En raison du changement climatique, les périodes de canicule deviennent  de plus en plus fréquentes. Le bien-être et la santé de la population en pâtissent. Les activités économiques tournent au ralenti ainsi que l’agriculture rendant ainsi le producteur en chômage.  

La vague de chaleur que traverse actuellement le pays dépasse largement le cadre d’un simple phénomène météorologique. Derrière les températures extrêmes se cache une réalité plus profonde : celle d’un choc économique silencieux qui fragilise simultanément les ménages, les entreprises et les finances publiques. Dans les économies sahéliennes, où une grande partie des activités dépend encore fortement des conditions climatiques, la canicule agit comme un facteur de ralentissement généralisé. Elle affecte la santé, réduit la productivité, augmente les dépenses et accentue les déséquilibres énergétiques déjà préoccupants.

Pour les ménages tchadiens, les conséquences sont immédiates. « La hausse des températures entraîne une augmentation des dépenses quotidiennes : consommation d’eau, achat de glace, carburant pour groupes électrogènes, médicaments et équipements de ventilation », explique Dr Bigaoula François Xavier, économiste, enseignant chercheur et consultant indépendant. À cela s’ajoute la détérioration des conditions de vie liée aux délestages électriques récurrents. « Les familles les plus modestes sont les premières victimes de cette pression climatique, car elles disposent de peu de moyens pour se protéger contre les effets de la chaleur extrême », poursuit-il.

Une baisse significative de la productivité économique

Dans les secteurs du bâtiment, du commerce informel, du transport ou de l’agriculture, les travailleurs voient leurs capacités physiques diminuer sous l’effet des fortes températures. Les journées de travail raccourcissent, la fatigue augmente et les rendements baissent. Cette perte de productivité représente un coût invisible mais considérable pour l’économie nationale. « Avant, je sors à 7 heures pour rentrer à 16 heures ou 17 heures. Aujourd’hui avec la chaleur, je rentre à 10 heures parce qu’après ces heures, il fait extrêmement chaud et les clients ne sortent pas. Imaginer les pertes que j’encoure», a confié, Annita Djekoloum, commerçante rencontrée au marché de Dembé. Quant à Abdoulaye Souleymane, vendeur de produits cosmétiques rencontré au marché « Chinois » à Walia, confie que cette période est plus difficile à traverser pour les commerçants. « Ce n’est pas facile pendant cette période de chaleur. Nos produits se décomposent et il y a moins des clients aux environs de 11 heures jusqu’à 15 heures ».

Le secteur agricole demeure l’un des plus exposés. La chaleur excessive accélère l’assèchement des sols, fragilise le bétail et réduit les rendements agricoles. Dans un pays où une grande partie de la population dépend directement de l’agriculture et de l’élevage, cette situation risque d’aggraver l’insécurité alimentaire et de provoquer une hausse des prix des denrées de base. « La chaleur est encore largement sous-estimée, bien que le grand public soit de plus en plus conscient des conséquences des fortes précipitations. Avant la période de canicule, on arrose deux fois par jour, c’est-à-dire le matin et le soir. Depuis quelques jours, il faut arroser 4 fois par jour pour sauver les plants. Je suis obligé de recruter les jeunes pour m’aider à faire ce travail et cela, a un coût économique », a expliqué Mamoud Gnakréo, jardinier à Sabangali.

effets de la canicule dans les villes

Les risques auxquels sont exposées les villes sous les chocs de la chaleur sont particulièrement marqués en raison de l’urbanisation anarchique et des espaces verts en nombre limité qui restreignent la circulation d’air. Ces facteurs entrainent la création d’îlots de chaleur urbains, c’est-à-dire de zones dans laquelle la chaleur s’accumulent et ne peuvent guère s’échapper et qui se refroidissent moins la nuit. « Les aires de verdure, les arbres et les sols rendus perméables peuvent être d’un grand secours, non seulement en cas de canicule, mais aussi en cas de fortes précipitations.  Un développement urbain adapté aux changements climatiques est primordial », explique Teyabé Payimi, ingénieur en génie rural.

Dans les régions rurales, poursuit-il, les espaces verts contribuent à atténuer la chaleur, il n’en demeure pas moins que les conséquences se font clairement ressentir. De longues périodes de sécheresse se traduisent souvent par des dégradations de la qualité des récoltes par une baisse des rendements, voire par des pertes complètes, en particulier, si la sécheresse coïncide avec des stades de développement où les végétaux sont plus sensibles. L’adaptation aux nouvelles conditions climatique devient une nécessité. Plus profondément, le changement climatique est devenu une question économique majeure. Il ne s’agit plus uniquement d’un enjeu environnemental, mais d’un défi de gouvernance, de développement et de souveraineté.

Face à cette réalité, le Tchad devra accélérer les investissements dans les énergies renouvelables, moderniser ses infrastructures électriques, renforcer la gestion des ressources hydriques et promouvoir une agriculture résiliente adaptée aux conditions climatiques sahéliennes.

Yonwa Maïlébélé

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