Le Tchad continue de porter les séquelles de décennies de conflits armés, inter-communautaires, éleveurs-agriculteurs, de tensions politiques et de fractures sociales. Depuis l’indépendance, les crises successives ont fragilisé le tissu national, alimenté les méfiances entre communautés et affaibli la confiance entre les citoyens et les institutions. Malgré les nombreux accords de paix conclus au fil des années, la stabilité durable demeure un objectif encore inachevé.
C’est dans ce sens que la Médiature de la République a élaboré un document sur la Stratégie nationale de réconciliation et de consolidation de la paix au Tchad. Cette stratégie a fait l’objet d’une rencontre gouvernementale avec la médiature le 18 juin 2026, dans l’optique de tourner définitivement la page des crises qui ont profondément marqué l’histoire du pays. Mais, comment est-il possible d’ouvrir une nouvelle page?
Les mécanismes mis en place par le passé ont certes permis d’éviter certaines escalades de violence et de favoriser des compromis politiques. Cependant, ils n’ont pas toujours répondu aux attentes profondes et législatives des populations. Les victimes des conflits, les communautés affectées, les femmes, les jeunes ou encore les acteurs de la société civile ont souvent eu le sentiment d’être relégués au second plan dans des processus dominés par des arrangements entre élites politiques et militaires.
La nouvelle stratégie vise à rompre avec cette logique. Inspirée des principes de justice transitionnelle, elle repose sur quatre piliers fondamentaux : la vérité, la réparation, la réconciliation et les garanties de non-répétition. Son ambition est de restaurer la confiance entre les citoyens et l’État, de renforcer le dialogue entre les communautés et de prévenir le retour des violences. La réconciliation ne saurait se limiter à des cérémonies symboliques, à des menaces envers les victimes ou à des déclarations de principe. La réconciliation ne signifie pas l’oubli. Elle exige une paix authentique, la reconnaissance des faits, la réparation des préjudices et la restauration de la dignité des victimes. Sans justice, la réconciliation risque de demeurer un simple slogan.
Les conflits ne naissent jamais du hasard. Ils trouvent souvent leurs racines dans des dysfonctionnements institutionnels, des inégalités persistantes ou des sentiments d’exclusion, mais aussi dans la propagation de fausses informations. C’est pourquoi, les garanties de non-répétition exigent des transformations profondes dans les domaines de la gouvernance, de la justice, de la sécurité, de l’éducation et du développement social.
Cette stratégie traduit les engagements issus de l’Accord de Doha et du Dialogue National Inclusif et Souverain pour la création d’une Commission Vérité, Pardon, Réparation et Réconciliation. Elle ne portera ses fruits que si elle s’accompagne d’une volonté constante de dépasser les divisions, de reconnaître les erreurs du passé et de placer l’intérêt national au-dessus des considérations partisanes, regionales, ethniques et communautaristes. Dit-on que les textes les mieux élaborés perdent toute portée lorsqu’ils ne sont pas accompagnés d’un engagement réel des acteurs concernés. Le Tchad que nous voulons et la paix durable que nous souhaitons, reposent sur un engagement commun et une responsabilité collective.
La Rédaction












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