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Société

Lévirat : Une atteinte aux droits de la veuve

  Au-delà du deuil, et des difficultés sociales, la veuve tchadienne doit aussi faire face à des pratiques coutumières qui conditionnent son maintien dans la famille de son défunt époux. Parmi elles, figure le lévirat, une tradition consistant à marier la veuve à un frère ou un proche parent du défunt. Malgré les protections prévues par la loi, cette pratique continue d’exister dans plusieurs communautés du pays.

Pour de nombreuses familles, le lévirat est présenté comme un moyen de préserver l’unité familiale, d’assurer la prise en charge des enfants et de maintenir les biens du défunt au sein de sa lignée. Mais pour certaines veuves, cette tradition est vécue comme une atteinte à leur liberté de choix et une violation de leur droit.  C’est le cas de Firida M., qui affirme avoir subi des pressions de la part de sa belle-famille après le décès de son époux. « Après le décès de mon mari, sa famille m’a imposé une condition : épouser un de ses frères si je voulais continuer à vivre dans la maison familiale et avoir accès aux biens laissés par mon époux ». Une proposition présentée comme une garantie d’assurer l’éducation des enfants tout en préservant le patrimoine du défunt au sein de la famille. « Je ne partage pas cette vision et je l’ai refusée », témoigne-t-elle. Une pratique contraire à la loi. Si le lévirat reste socialement accepté dans certaines communautés, il ne bénéficie d’aucune reconnaissance juridique.

Selon Ahmat Mahamat Matar, magistrat, le droit tchadien protège le principe du consentement dans le mariage. « Aucune famille ne peut légalement contraindre une veuve à épouser le frère de son défunt mari. Le mariage nécessite le libre et plein consentement des parties. Le lévirat constitue une violation des droits fondamentaux », explique-t-il. Le Tchad a également ratifié plusieurs instruments internationaux de protection des droits des femmes, notamment le Protocole de Maputo, qui interdit les mariages forcés et les pratiques traditionnelles préjudiciables aux femmes. Au niveau national, le Code pénal ainsi que l’Ordonnance n°003/PR/2025 portant prévention et répression des violences à l’égard des femmes et des filles renforcent le cadre juridique destiné à protéger les femmes contre ce type de violences.

Dans certaines communautés, le lévirat est encore considéré comme un devoir familial destiné à protéger la veuve et à assurer la continuité de la famille. La question sensible de l’héritage au cœur de ces situations se trouve souvent la question de l’accès aux biens du défunt.  Selon le juriste, les droits successoraux des veuves varient en fonction du régime juridique applicable à la famille. Pour lui, cette situation favorise parfois des pratiques de spoliation. « Beaucoup de veuves sont dépossédées de leurs droits successoraux et perdent l’accès aux biens laissés par leur défunt époux », déplore le magistrat. Pour certaines d’entre elles, accepter le lévirat devient alors une condition implicite pour conserver un logement ou bénéficier des ressources familiales. Le refus du lévirat entraîne parfois de lourdes conséquences sociales notamment l’expulsion du domicile.

Lankeussi Teskreo

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