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Editorial

Éditorial : Besoin de crédibilité

Le 27 juillet 2026, le Tchad a annoncé sa décision de se retirer de la Cour pénale internationale (CPI). Les autorités tchadiennes dénoncent une justice sélective et l’instrumentalisation d’une institution qu’elles jugent orientée contre les dirigeants africains. Cette décision intervient dans un contexte où plusieurs gouvernements affichent un scepticisme croissant à l’égard de la juridiction pénale internationale. Le Tchad emboîte ainsi le pas aux trois pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) : le Burkina Faso, le Mali et le Niger ainsi qu’au Venezuela.

En notifiant son retrait, le pays de Toumaï reprend l’essentiel du réquisitoire formulé depuis des années contre la Cour pénale internationale. Si cette décision s’inscrit dans une démarche présentée comme réfléchie et souverainiste, elle soulève néanmoins plusieurs interrogations. Pourquoi a-t-il fallu attendre plus de vingt ans pour que certains États africains, dont le Tchad, expriment avec autant de vigueur leurs griefs à l’égard de la CPI ? Le sentiment d’une justice à deux vitesses est-il la seule explication à cette vague de retraits observée sur le continent ? Autant de questions qui invitent à examiner le problème sous un angle plus global.

Dès l’origine, l’absence de plusieurs grandes puissances parmi les États ayant signé le Statut de Rome en 1998 ou ratifié le traité ayant conduit à la création de la CPI en 2002 constituait déjà un handicap susceptible d’entamer la crédibilité d’une institution appelée à rendre la justice au nom de la communauté internationale. Certaines de ces puissances continuent d’ailleurs de défier la Cour en ignorant ses décisions, notamment les mandats d’arrêt visant plusieurs personnalités.

Dans le cas du Tchad, comme de plusieurs autres États africains, une telle décision met également en lumière la difficulté qu’ont parfois les États à respecter leurs engagements internationaux lorsque ceux-ci ne correspondent plus à leurs intérêts du moment. Pourtant, la signature d’un traité implique des droits, mais aussi des responsabilités.

Certains rétorqueront que l’adhésion à un traité international relève de la souveraineté des États et que leur retrait procède de cette même logique. Cet argument n’est pas dénué de fondement. Toutefois, rien n’oblige un État à signer un accord international s’il estime, dès le départ, que celui-ci ne sert pas ses intérêts ou ne garantit pas une application équitable de ses principes.

Le sentiment d’une justice internationale à deux vitesses, largement partagé par de nombreux Africains, devrait plutôt constituer le point de départ d’une réflexion stratégique. Au lieu de quitter un système auquel les États africains ont eux-mêmes contribué, il serait plus opportun d’y défendre leurs positions avec davantage de fermeté et de vigilance, tout en se montrant plus exigeants lors de la négociation et de la signature des futurs traités internationaux. Il en va de la crédibilité du continent dans son ensemble, mais également de celle des États qui dénoncent aujourd’hui les limites de cette institution.

En attendant que ce retrait entre en vigueur, conformément aux procédures prévues, le Tchad et la Cour pénale internationale peuvent continuer de coopérer dans le cadre des engagements en vigueur. Cette période de transition pourrait offrir l’occasion d’un dialogue constructif, susceptible de répondre à certaines critiques formulées à l’encontre de la Cour et de rapprocher les positions des différentes parties.

La Rédaction

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