Chaque 27 août, le monde célèbre la Journée mondiale des lacs. L’évocation du mot lac fait penser aux nombreux cours d’eau dont dispose le Tchad, mais particulièrement au Lac Tchad. Son importance aussi bien que sa diminution progressive marquent les esprits dans la sous-région, voire au-delà. Le bassin du Lac Tchad abrite plus de 30 millions de personnes. Quand le lac se retire, il ne laisse pas seulement une étendue de boue, mais laisse le chômage, la faim, l’exode et le désespoir. Il crée des conditions propices à l’enrôlement dans les groupes armés. Il alimente aussi des tensions intercommunautaires pour l’accès aux derniers points d’eau et aux pâturages. Jadis qualifié de “sixième mer du monde”, il n’est plus aujourd’hui que l’ombre de lui-même. À l’occasion de cette Journée mondiale, il est temps de rompre le silence et engager une réflexion de fond.
En moins de soixante ans, le Lac Tchad a perdu plus de 90 % de sa superficie. Parallèlement, le Lac Fitri connait un ensablement sans précèdent, le Lac Iro se rétrécit, le Lac Léré s’appauvrit. Les causes sont connues et se conjuguent avec une cruauté systémique : la baisse de la pluviométrie, la pression démographique, la surexploitation des ressources halieutiques et pastorales, la déforestation des berges et la pollution croissante par les déchets plastiques et les hydrocarbures. Mais au-delà des causes naturelles, il y a une responsabilité humaine collective. L’eau a été traitée comme une ressource inépuisable, le poisson comme un droit acquis, la berge comme une poubelle. Cependant, le problème des lacs, plus qu’une question environnementale, est d’abord une question de souveraineté, de sécurité et de dignité humaine. Un lac qui meurt devient un facteur d’instabilité. En les protégeant, ce sont des conflits à venir qui sont évités. Face à cette urgence, la posture de l’attentisme doit faire place à la vision, à la solidarité et à l’action. Il faut ériger la préservation du Lac Tchad et de l’ensemble des plans d’eau nationaux en priorités. Cela passe par l’accélération des grands projets structurants comme le transfert d’eau interbassins, mais aussi par une gouvernance rigoureuse et transparente de la Commission du Bassin du Lac Tchad.
Avec résilience, les pays du bassin du Lac Tchad doivent innover. Il s’agit de promouvoir une “économie bleue”, une pêche durable et réglementée ainsi l’agriculture de décrue. Il faut créer de la richesse autour du lac sans le détruire. Cela implique d’investir massivement dans la formation des jeunes des communautés riveraines, afin de leur offrir une alternative crédible à l’exil et aux filières de la précarité. Chaque citoyen doit devenir un acteur de la préservation. Le Lac Tchad n’est pas qu’une étendue d’eau, il est la mémoire collective, une source pour des générations présentes et un testament aux générations futures. Cette Journée mondiale doit donc être le point de départ d’un pacte national pour l’eau. Car préserver les lacs, c’est sauver le Tchad.
La Rédaction












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