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Editorial

Editorial : Convaincre par l’information

L’introduction du vaccin contre le choléra au pays révèle une réalité inquiétante. Les Tchadiens sont, en majorité, réticents. Cette réticence dépasse le seul cas de l’épidémie du choléra pour couvrir tous les autres vaccins. Que ce soit la poliomyélite, le paludisme ou la rougeole, très peu de citoyens acceptent de prendre ou de faire administrer la dose nécessaire à leurs progénitures. Cette posture est nourrie par des préjugés, des pesanteurs socioculturelles et des théories complotistes entourant l’origine et les éléments constitutifs des vaccins. Pour les complotistes, des substances nuisibles seraient introduites dans les vaccins pour tuer ou freiner les Africains dans l’optique de réduire ainsi substantiellement une population à forte  croissance démographique. Le mal est fait. Le scepticisme et la peur gagnent une population, en général moins instruite, peu enclin à développer un esprit critique devant des arguments savamment construits.

Malheureusement, du coté des pouvoirs publics, l’on est souvent en cours d’initiative pour déconstruire le narratif et conquérir l’adhésion des citoyens aux vaccins, pourtant essentiels dans de nombreuses situations. Très souvent, la réticence est la résultante d’un manque d’information suffisante sur le vaccin, d’une sensibilisation cohérente, structurée et adaptée pour convaincre. La communication autour du vaccin et ses bienfaits en amont de toute campagne vaccinale est prépondérante. Dans la démarche communicative aussi, il y a l’urgence de changer de paradigme en sortant des modèles classiques pour explorer d’autres manières plus en adéquation avec les profils et les modes de vie des populations. La radio reste peut-être l’un des canaux le plus accessible ; mais les microprogrammes radiodiffusés ou télévisés et des affiches publicitaires ont fait leur temps et montré, d’une certaine manière, leur limite. Il faut aller vers des approches ciblées ou des mobilisations de masse en impliquant des humoristes, des musiciens et des leaders d’opinions pour toucher soit individuellement soit  collectivement les cibles visées.

Si le refus des vaccins est un fait favorisé par un déficit communicationnel, imputable à l’autorité politique, cette dernière est en plus au centre des interrogations, non des moindres. Le temps des campagnes de vaccinations soulève des questions. En temps normal, le vaccin est administré à titre préventif. Or, pour le cas précis du choléra, c’est au moment où l’épidémie est notifiée que le gouvernement procède à la vaccination. Une assertion admet, certes, « qu’il n’est jamais trop tard », mais le mieux serait de prendre de l’avance au lieu d’être sur la réaction.  Cette attitude conforte les citoyens dans leur position et alimente, à tort ou à raison, le sentiment « de médecin après la mort » avec des conséquences qui s’en suivent.

Au regard de la situation, le gouvernement a du pain sur la planche afin de renverser la tendance. Il y a un travail de sensibilisation, de communication mais également d’éducation à faire devant une tendance négative qui s’installe au sein des populations. Une attitude répulsive, un scepticisme bâti sur des clichés ou des théories du complot ne sont pas des fatalités ; ils peuvent être vaincus pour ouvrir de nouvelles perspectives favorables à l’introduction des vaccins dans le pays.

La Rédaction  

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