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Editorial

Éditorial : Immixtion dans les conflits communautaires interdite

La décision du ministère de la Sécurité publique interdisant aux Forces de sécurité intérieure (FSI) de s’immiscer dans les conflits communautaires mérite d’être saluée. Dans un contexte marqué par la persistance des tensions intercommunautaires, la neutralité et l’impartialité des forces chargées de protéger les citoyens ne doivent souffrir d’aucune ambiguïté.

Dans une circulaire formelle, le ministre de la Sécurité publique et de l’Immigration, Général Ali Ahmat Akhabach, rappelle à l’ensemble des personnels des FSI, des officiers généraux aux gardiens de la paix et soldats, l’interdiction de prendre part, directement ou indirectement, aux conflits communautaires. Le message est clair : tout contrevenant s’expose à de graves sanctions disciplinaires. La mise en œuvre de cette directive a été confiée aux responsables de la Police nationale, de la Gendarmerie nationale, des Renseignements et investigations ainsi qu’au commandant de la Garde nationale et nomade du Tchad (GNNT).

Cette instruction intervient alors que le pays reste confronté à des affrontements communautaires meurtriers. Le récent séjour du ministre de la Sécurité publique dans le Batha, à la suite d’un conflit intercommunautaire ayant fait 23 morts, donne à cette circulaire une portée particulière. Elle pose surtout une question essentielle : comment expliquer que des éléments censés garantir la sécurité de tous puissent être soupçonnés de prendre fait et cause pour une communauté ?

L’État doit regarder cette réalité en face. Les « mains invisibles » qui favoriseraient l’instrumentalisation de certains membres des forces de sécurité constituent une menace sérieuse pour la cohésion nationale. Lorsqu’un agent de l’État choisit de défendre sa communauté au détriment d’une autre, il ne protège plus la République : il fragilise son autorité, nourrit la méfiance entre citoyens et renforce le repli identitaire.

Intégrer les forces de défense et de sécurité implique pourtant des devoirs précis : défendre la patrie et son intégrité territoriale, protéger les populations et les institutions, faire respecter les lois et règlements, obéir aux ordres légitimes, préserver la discipline et l’honneur, et servir la nation avec loyauté, courage et dévouement. Ces principes ne peuvent être à géométrie variable. Ils doivent s’appliquer à tous, sans distinction d’origine communautaire.

La neutralité des forces de sécurité n’est donc pas une faveur accordée aux citoyens. Elle constitue une obligation républicaine. Un agent en uniforme doit être perçu comme un protecteur, jamais comme le représentant d’un clan, d’une ethnie ou d’une communauté.

Il appartient désormais à l’État de donner à cette circulaire toute sa force. Les comportements contraires à la discipline et à l’impartialité doivent faire l’objet d’enquêtes sérieuses. Lorsque les faits sont établis, de sanctions proportionnelles, pouvant aller jusqu’à la radiation des effectifs et, si nécessaire, à la saisine des juridictions compétentes doivent s’imposer.

C’est à ce prix que le Tchad pourra construire des forces de défense et de sécurité véritablement disciplinées, professionnelles et républicaines. Chaque citoyen doit pouvoir croiser un agent de sécurité avec confiance, certain de voir en lui le garant de la loi et de la protection de tous, et non le défenseur d’une communauté contre une autre.

La Rédaction

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ATPE

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