Au Tchad, principalement à N’Djaména, devenir propriétaire représente un objectif de plus en plus difficile à atteindre pour de nombreux ménages. La progression des prix, l’extension de la capitale et la concentration des activités dans les zones aménagées éloignent progressivement une partie de la population de la propriété foncière.
Dans certains quartiers de la capitale, une parcelle peut coûter plusieurs dizaines de millions de FCFA. Les terrains les moins chers sont parfois proposés autour de 20 millions de FCFA, tandis que d’autres atteignent 50 millions de F CFA, voire davantage. Djidda A.R, père de famille, résidant à Mardjandaffack, constate avec inquiétude cette évolution. Il dit avoir du mal à comprendre les raisons de cette hausse et s’interroge sur la responsabilité des autorités et des propriétaires fonciers. « Je suis actuellement en location et j’aimerais avoir ma propre maison. Malheureusement, la situation actuelle et le prix des terrains ne me le permettent pas », confie-t-il, appelant les autorités à se pencher sur la situation. « Il faut revoir les prix afin que chacun puisse avoir la possibilité de construire sa propre maison », plaide-t-il. Chez les jeunes, la situation suscite aussi des inquiétudes. Étudiant, Gamané estime que la hausse des prix est « indéniable et spectaculaire ». Son projet d’investir dans l’immobilier se heurte désormais à une réalité financière difficile. Selon lui, la croissance démographique, l’extension rapide de la ville, la raréfaction des terrains disponibles et l’importance de la demande contribuent à cette progression des prix. Pour de nombreux habitants, l’acquisition d’une parcelle nécessite désormais de mobiliser des ressources importantes. Certains doivent s’endetter, tandis que d’autres renoncent à leur projet ou se tournent vers des zones de plus en plus éloignées du centre-ville.
Un marché qui a profondément changé
L’évolution du foncier à N’Djaména apparaît également dans les souvenirs de certains responsables locaux. Mardjaï Daouda, délégué du quartier Walia Ngoumna, rappelle qu’à une certaine époque, l’accès à la terre ne reposait pas sur les mêmes mécanismes. « Avant, dans les villages, c’était des dotations de terrains. On te donnait gratuitement pour habiter », se remémore-t-il. Cette période a progressivement laissé place aux transactions financières. Mardjaï Daouda rappelle qu’après les événements politiques du début des années 1980 et le retour des populations, les transactions foncières ont commencé à se développer sous le patronage du Sultan. À cette époque, le lot de 450 m2 se négociait autour de 6 000 F CFA. Aujourd’hui, les montants ont considérablement changé. Un terrain nu situé en bordure d’une voie bitumée peut atteindre 30 à 50 millions de F CFA. Dans certains secteurs résidentiels comme Gardolé, une concession construite en dur avec étage peut se négocier jusqu’à 200 millions de F CFA.
Pour Mardjaï Daouda, cette transformation s’inscrit notamment dans les changements urbains qu’a connus la capitale. Il cite les relocalisations de populations, notamment après les inondations de 2022 vers Toukra, ainsi que les aménagements réalisés pour protéger certains secteurs contre les crues du Chari.
La question de la sécurité intervient également dans le choix des ménages. Face à la résurgence du grand banditisme aux abords de la capitale, certains habitants préfèrent rester dans des zones densément peuplées plutôt que de s’installer dans des secteurs isolés. « Si tu n’as pas une sécurité garantie, tu vas toujours être attaqué par les braqueurs. Alors les habitants reviennent se concentrer pour avoir la sécurité avec leurs voisins », explique- t-il.
Cette évolution du foncier a aussi des répercussions sur les conditions de logement. Dans certains quartiers populaires, le coût d’une simple chambre peut atteindre aujourd’hui 25 000 francs CFA. Les responsables locaux constatent les difficultés rencontrées par les ménages pour accéder à la propriété ou conserver leurs biens. Issa Moussa, chef de carré n°9 de Mardjandaffack, dans la commune du 2ème arrondissement, relève lui aussi plusieurs facteurs qui contribuent à la hausse de la valeur des terrains. « De nombreuses maisons sont aujourd’hui occupées par les héritiers qui ne souhaitent pas céder leurs biens », souligne-t-il. Le développement des infrastructures joue également sur les prix. Selon lui, le passage d’une voie bitumée ou l’amélioration de certaines routes contribue à accroître la valeur des terrains situés dans ces secteurs. À cela s’ajoutent les difficultés économiques auxquelles certains propriétaires sont confrontés. Des familles peuvent être amenées à vendre leurs parcelles à des prix élevés pour financer l’acquisition d’un autre terrain dans une zone différente.
Moundamaide Ndingalaou Eveline et Elhadj Ali Hassan Lalouche










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