Malgré la multiplication des compagnies et l’obligation de certaines couvertures, l’assurance reste peu ancrée dans les habitudes des particuliers au Tchad. Entre coût jugé élevé, méfiance envers les assureurs et faible perception du risque, de nombreux citoyens la considèrent encore comme une dépense supplémentaire.
Au Tchad, l’assurance reste encore loin des habitudes de nombreuses personnes. Dans les rues de N’Djaména, le sujet suscite des réactions partagées. Certains y voient une protection indispensable contre les accidents, les maladies ou les pertes matérielles. D’autres la considèrent comme une dépense dont ils peuvent se passer, surtout lorsque les revenus sont faibles ou irréguliers. Pourtant, l’offre existe et les compagnies d’assurance sont présentes dans plusieurs quartiers de la capitale.
Au centre-ville de N’Djaména, Djimadoumadji F., automobiliste, estime que l’assurance permet avant tout de ne pas supporter seul les conséquences financières d’un imprévu. « Elle permet de transférer les risques lourds vers une compagnie spécialisée en échange d’une cotisation », explique-t-il. Pour lui, souscrire à une assurance ne revient donc pas à jeter son argent. Il permet de protéger ses biens, mais aussi de couvrir sa responsabilité envers les autres en cas d’accident. Une perception qui reste toutefois loin d’être partagée par tous.
Pour Narcisse A, vendeur de friperie, plusieurs obstacles expliquent cette réticence. Il évoque notamment le coût des primes, la complexité des contrats et la perception selon laquelle les compagnies ne prennent pas toujours correctement en charge les sinistres. « Beaucoup pensent que l’assurance est inutile ou qu’elle ne couvrira pas leurs problèmes», observe le jeune homme. Les démarches administratives et le manque de confiance dans le processus d’indemnisation renforcent, selon lui, cette hésitation.
Allambatna W, jeune entrepreneur, n’a pour sa part jamais souscrit à une assurance. Il cite notamment « la complexité des clauses contractuelles ». Pour lui, la question se pose également en termes de priorités. « Il n’y a pas grand-chose à assurer », estime-t-il, lorsqu’il s’agit des assurances liées à la personne.
Entre méfiance et difficultés financières
Adoum N, réparateur de motos au quartier Chagoua, juge les primes trop élevées. « 40 000 francs par an pour rien », lance-t-il. Son scepticisme repose également sur une expérience rapportée dans son entourage : « Quand tu as un problème, ils cherchent des excuses pour ne pas payer. Mon cousin qui a souscrit n’a rien eu quand il était victime d’un accident ».
Dans certains ménages, c’est surtout la faiblesse des revenus qui rend l’assurance difficilement accessible. Solkem I, une jeune commerçante, raisonne autrement. Avec un revenu quotidien d’environ 3 000 F CFA, elle estime que les dépenses essentielles passent avant la souscription d’une assurance. « Je gagne 3 000 francs par jour et je dois encore enlever l’argent pour l’assurance. Qui va manger ? », s’interroge-t-elle.
À l’inverse, certains assurés ont une perception beaucoup plus favorable du mécanisme. Brahim Moussa Mahamat, dispose notamment d’une assurance automobile. Pour lui, l’assurance constitue « une garantie qui apporte une protection et une tranquillité d’esprit » face aux risques de la vie quotidienne. Il assure avoir souscrit sans difficulté et dit le faire « avec intérêt et en toute confiance ». Son cas illustre une autre perception, celle de citoyens qui considèrent la cotisation comme une dépense de prévention plutôt qu’une charge inutile.
Entre ceux qui la voient comme une protection indispensable et ceux qui la jugent trop coûteuse ou peu fiable, l’assurance peine donc encore à s’imposer dans les habitudes des ménages tchadiens.
Hadjé Fatimé Djimramadji et Elhadj Ali Hassan Lalouche












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