L’essor des réseaux sociaux au Tchad a profondément transformé les modes d’expression et de participation citoyenne. Facebook, WhatsApp, Tik Tok et d’autres plateformes numériques permettent désormais à chacun de commenter l’actualité, d’interpeller les pouvoirs publics et de formuler des propositions sur les questions d’intérêt national. Cette liberté d’expression constitue une opportunité pour le débat public, mais elle s’accompagne également d’une exigence : celle de la responsabilité.
La multiplication des publications injurieuses ou des attaques personnelles visant certaines personnalités de la République, notamment le chef de l’État, soulève ainsi des interrogations sur les limites entre critique politique et dénigrement. Le débat ne devrait pourtant pas porter sur la personne des dirigeants, mais davantage sur leurs actions, leurs décisions et les résultats des politiques publiques. Dans une société qui aspire à consolider la citoyenneté, la critique constructive doit avoir sa place. Un citoyen peut relever les insuffisances d’une infrastructure, questionner une décision publique ou recommander des améliorations. Une telle démarche peut contribuer à corriger certaines faiblesses et à améliorer les réalisations au bénéfice de la collectivité. La critique devient alors un instrument de participation citoyenne. Elle permet aux populations de faire entendre leurs préoccupations et aux responsables publics de prendre connaissance des difficultés rencontrées sur le terrain. À l’inverse, l’insulte et l’attaque personnelle ne proposent aucune solution et risquent de transformer les réseaux sociaux en espaces de confrontation.
Cette distinction est au cœur du message porté par l’un des meilleurs élèves de l’année, Ali Abdoulaye Bokhit lors de la 5ème édition de la finale du Trophée des lycéens organisée, le samedi 22 août 2026, à l’ONAMA, autour du thème « L’élève que nous voulons ». Dans son intervention, il a appelé les jeunes à adopter un comportement responsable sur Facebook, Tik Tok et les autres plateformes numériques.
Le ministre de la Communication, porte-parole du Gouvernement, Gassim Chérif Mahamat, avait également appelé, le 3 août 2026, à un usage responsable des réseaux sociaux. Il avait dénoncé les comportements malveillants et les propos visant les institutions et les plus hautes autorités de l’État. Ces deux interventions, à des niveaux différents, posent la même problématique : comment faire des réseaux sociaux des instruments de dialogue plutôt que des espaces d’injures, de rumeurs et de divisions ?
Transformer internet en opportunité
La question est d’autant plus importante que les utilisateurs sont de plus en plus jeunes. L’éducation au numérique doit donc accompagner l’accès aux technologies. Savoir utiliser un téléphone ou créer un compte sur un réseau social ne suffit pas. Il faut également apprendre à vérifier une information, respecter son interlocuteur, mesurer la portée de ses propos et comprendre que les publications numériques peuvent avoir des conséquences dans la vie réelle.
L’évolution des tarifs de l’internet et de la téléphonie mobile constitue, dans cette perspective, un enjeu important. La baisse annoncée en janvier 2022, à la suite d’instructions données fin décembre 2021 par le président de la République, le Maréchal du Tchad, Mahamat Idriss Deby Itno, visait notamment à rendre les services numériques plus accessibles à la population. Cette accessibilité peut être mise à profit pour la formation en ligne, la recherche documentaire, l’entrepreneuriat, la recherche d’emploi et l’accès aux opportunités. La jeunesse tchadienne dispose ainsi d’un outil pouvant contribuer à son développement personnel et, au-delà, au développement du pays.
L’enjeu n’est donc pas de demander aux citoyens de renoncer à la critique. Il est plutôt de promouvoir une culture de la critique responsable. Les actions du président de la République, comme celles de toute autorité publique, peuvent être évaluées et discutées. Mais cette évaluation gagne en pertinence lorsqu’elle repose sur des faits, des arguments et des propositions.
Enfin, la diversité culturelle du Tchad doit constituer une richesse et non un motif de division. Les réseaux sociaux peuvent contribuer à renforcer cette unité s’ils sont utilisés pour informer, sensibiliser et rapprocher les citoyens.
Ahmat Abakar Saleh












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