La faible pluviométrie enregistrée cette année dans plusieurs provinces du Tchad fait planer des inquiétudes sur la production agricole et, par conséquent, sur la disponibilité des céréales dans les prochains mois. Face à cette situation, les autorités tchadiennes ont décidé d’anticiper les éventuelles conséquences de l’insécurité alimentaire. Des vivres seront distribués aux couches vulnérables. L’enjeu sera désormais de s’assurer que l’aide parvienne effectivement aux ménages qui en ont le plus besoin.
Le 15 septembre 2026, le président de la République, le Maréchal du Tchad Mahamat Idriss Deby Itno, s’est rendu de manière inopinée dans l’entrepôt de l’Office national de sécurité alimentaire (ONASA) afin de constater le niveau des stocks disponibles et de s’assurer de la capacité de l’État à répondre à une éventuelle dégradation de la situation alimentaire. Contrairement aux années précédentes, le Maréchal du Tchad a annoncé cette année l’abandon de la vente subventionnée au profit d’une distribution gratuite des céréales dans les provinces touchées par la situation pluviométrique.
Sur le principe, cette décision modifie profondément la logique de l’intervention publique. Dans un système de vente subventionnée, même à prix réduit, le bénéficiaire doit disposer d’un minimum de ressources financières pour acheter les produits. La gratuité permet donc de toucher des ménages qui n’ont plus les moyens d’accéder au marché. Toutefois, la gratuité ne garantit pas automatiquement l’équité. Le véritable défi commence justement ici. Qui va les recevoir, selon quels critères, en quelle quantité et par quel mécanisme ? C’est à ce niveau que se jouera une grande partie de la réussite de l’opération.
Pour qu’une distribution gratuite soit équitable, il faut d’abord savoir précisément qui est vulnérable. Il ne devrait pas suffire de déclarer qu’une province est affectée par le déficit pluviométrique. À l’intérieur d’une même province, la situation peut être très différente d’un département à un autre, d’une commune à une autre, voire d’un village à un autre et d’un ménage à un autre.
Une mauvaise pluviométrie peut avoir des conséquences particulièrement lourdes sur les ménages dont les revenus dépendent directement de l’agriculture. Mais d’autres catégories peuvent également être exposées. Ces catégories comme les personnes âgées sans soutien, les personnes vivant avec un handicap, les ménages dirigés par des femmes sans ressources suffisantes, les enfants particulièrement
Vulnérables, les personnes déplacées, les réfugiés et les familles d’accueil très pauvres, ou encore les ménages ayant perdu une partie importante de leurs moyens de subsistance.
Apprendre des erreurs du passé
La question qui se pose aujourd’hui est donc simple. Le gouvernement dispose-t-il d’une base suffisamment fiable et actualisée des ménages vulnérables pour organiser une distribution gratuite à grande échelle ? Une distribution nationale ou provinciale ne peut pas être organisée efficacement uniquement à partir d’estimations générales.
Il serait nécessaire de procéder à une cartographie de la vulnérabilité, en croisant plusieurs informations : situation pluviométrique, niveau de production agricole, prix des céréales, niveau des stocks des ménages, revenus, déplacements de populations, situation nutritionnelle et accès aux marchés. Cette cartographie permettrait de déterminer non seulement les provinces prioritaires, mais aussi les localités et les catégories de ménages qui doivent recevoir l’aide en priorité. Elle pourrait également éviter une erreur fréquente dans les opérations d’assistance qui consiste à distribuer les mêmes quantités partout alors que les besoins ne sont pas les mêmes. Il est aussi préférable d’éviter que la distribution soit captée par les intermédiaires, car même avec de bons critères d’identification, le risque de détournement ou de favoritisme demeure si le processus de distribution n’est pas suffisamment transparent.
La distribution doit donc être accompagnée d’un mécanisme permettant de savoir par exemple combien de tonnes sont affectées à chaque province ou encore comment sont enregistrées les quantités effectivement distribuées. Impliquer les communautés et les autorités locales dans cette procédure serait l’idéal car, ce sont elles qui connaissent mieux les réalités du terrain. Cette participation permettrait de confronter les listes établies par l’administration avec la réalité vécue par les populations.
Pour éviter les erreurs des opérations antérieures, chaque ménage retenu devrait, dans la mesure du possible, être enregistré dans un dispositif permettant d’éviter les doublons. Identifier avant de distribuer, répartir selon les besoins, contrôler à chaque étape et permettre aux citoyens de signaler les erreurs : c’est à ces conditions que la promesse d’une distribution gratuite pourra réellement devenir une politique de protection des plus vulnérables.
Aminata Dabirama












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