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Editorial

Éditorial: Associer les peuples

La visite de travail du président de la République, le Maréchal du Tchad, Mahamat Idriss Deby Itno, à Paris, en France, à l’invitation de son homologue français, Emmanuel Macron, intervient dans un contexte particulier des relations entre les deux pays. Cette rencontre doit être l’occasion de redéfinir les bases d’un partenariat adapté aux aspirations des deux peuples.

Depuis l’indépendance du Tchad, le 11 août 1960, la France occupe une place importante dans l’histoire politique, économique et culturelle du pays. Plusieurs accords ont encadré leur coopération dans différents domaines. Pourtant, au fil des décennies, cette relation a souvent été appréciée à travers les rapports entre les dirigeants et les institutions, laissant parfois au second plan les retombées concrètes pour les citoyens français et tchadiens. Aujourd’hui, il est temps de donner un nouveau souffle à cette coopération. Celle-ci doit se traduire par des changements perceptibles dans la vie quotidienne des populations. Le Tchad dispose d’importantes potentialités agricoles, pastorales, minières et énergétiques. La France possède, de son côté, une expertise dans plusieurs domaines scientifiques, technologiques et industriels. Une coopération équilibrée pourrait favoriser le transfert de technologies, la transformation locale des produits agricoles, la modernisation des exploitations et la création d’emplois pour les jeunes. Plutôt que de se limiter à l’exportation de matières premières, le Tchad doit pouvoir développer ses capacités de production et de transformation, avec des retombées économiques locales.

L’éducation, la formation professionnelle, la santé, la culture et le sport constituent également des secteurs prioritaires. Des partenariats entre universités, des programmes d’échanges d’étudiants, la formation de personnels médicaux et le renforcement des équipements sanitaires pourraient profiter directement aux populations. La collaboration entre agriculteurs, chercheurs et entrepreneurs des deux pays permettrait aussi de partager les innovations, les connaissances et les savoir-faire. Ces initiatives doivent être accessibles au plus grand nombre, et non réservées à une minorité. Le peuple français doit également trouver son intérêt dans ce partenariat, notamment à travers des possibilités d’investissement transparentes, des échanges commerciaux équilibrés, des projets communs et une meilleure connaissance des cultures respectives. Les entreprises françaises peuvent ainsi contribuer au développement du marché tchadien, tandis que les producteurs tchadiens peuvent trouver de nouveaux débouchés. Une coopération juste profite aux deux parties et renforce les liens humains au-delà des consi- dérations politiques.

À Paris, les deux chefs d’État ont une respon- sabilité majeure : construire une relation fondée sur le respect mutuel, la transparence et la réciprocité. Le Tchad ne doit pas être considéré uniquement sous l’angle sécuritaire, pas plus que la France ne doit être réduite à son rôle historique passé. Le véritable succès de cette visite ne se mesurera pas au nombre d’accords annoncés, mais aux bénéfices qu’en tireront les citoyens. Une coopération franco-tchadienne durable doit se construire avec les peuples et pour les peuples. C’est à cette condition qu’elle retrouvera sa légitimité et deviendra un véritable levier de progrès partagé.

La Rédaction

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