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Editorial

Éditorial : Déguerpissement sans mécanisme

Quatorze ans après le déguerpissement du marché de Dembé, le dossier continue de hanter la mémoire collective et d’interpeller les pouvoirs publics. La séance plénière du Sénat, présidée par Dr Haroun Kabadi, le 18 mai 2026, aura au moins eu le mérite de replacer au cœur du débat une affaire devenue le symbole des difficultés de gouvernance urbaine à N’Djaména.

Depuis le déguerpissement de 2012, le dossier a été marqué par l’improvisation, l’opacité, le manque de transparence et l’absence de suivi rigoureux des engagements pris par les différentes parties prenantes. Ces insuffisances ont progressivement transformé une opération présentée comme un projet de modernisation en une crise sociale durable.

L’aspect le plus frappant de cette affaire demeure sans doute le sort réservé au site de Dembé après l’expulsion des commerçants. En 2014, le terrain avait été attribué à un projet marocain de construction de logements sociaux, présenté comme une initiative d’utilité publique destinée à moderniser la capitale. Pourtant, plus d’une décennie plus tard, aucune infrastructure n’a vu le jour. À la place, le site est devenu un espace abandonné, insalubre, marqué par l’insécurité et l’accumulation de déchets. Une image qui résume à elle seule l’échec de toute l’opération.

Des milliers de commerçants ont été sacrifiés au nom d’un projet qui n’a jamais été concrétisé. Pour de nombreuses familles, cette décision a provoqué la perte des activités commerciales, des revenus et parfois même de toute stabilité sociale. Pendant quatorze ans, les victimes ont vécu entre promesses non tenues, procédures interminables et absence de solution définitive.

Les chiffres avancés par le gouvernement est de 2 570 commerçants recensés, 320 relocalisés et 658 dossiers jugés recevables. Des cas qui témoignent de l’ampleur et de la complexité du dossier. D’un côté, l’État reconnaît implicitement l’existence d’une crise sociale réelle. De l’autre, il refuse d’assumer une responsabilité juridique, soutenant qu’il ne s’agissait pas d’une expropriation ouvrant droit à indemnisation. Selon cette lecture, les commerçants n’étaient que des occupants d’espaces appartenant à la commune, disposant d’un droit d’occupation révocable.

Mais cet argument juridique peut-il suffire à effacer quatorze années de préjudices économiques et sociaux ? Peut-on invoquer les textes régissant les collectivités autonomes sans prendre en compte les conséquences humaines d’une décision publique ?

Au nom de la modernisation de N’Djaména, les déguerpissements se multiplient depuis plusieurs années, souvent sans mécanismes crédibles de compensation ni véritables politiques de réinstallation. Face à cette réalité, le Sénat a décidé de hausser le ton. En adoptant une résolution réclamant la réinstallation des déguerpis et la création d’une commission spéciale incluant les représentants des commerçants, la Chambre haute appelle désormais à la vérité, à la justice et à une sortie digne de cette crise sociale qui n’a que trop duré.

La Rédaction

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ATPE

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