Interpellé par les députés, le 22 juin 2026, sur la mécanisation et l’industrialisation de l’agriculture tchadienne, le ministre de la Production et de l’Industrialisation Agricole, Keda Ballah, a dû répondre à une question essentielle : où en est réellement le pays dans sa marche vers une agriculture moderne et productive ?
Le Tchad dispose pourtant d’atouts considérables. Avec près de 39 millions d’hectares de terres arables et une diversité climatique favorable à de nombreuses cultures, le potentiel agricole du pays est immense. Ce secteur fait vivre près des deux tiers de la population active et demeure l’un des piliers fondamentaux de la souveraineté alimentaire. Mais entre le potentiel affiché et la réalité du terrain, l’écart reste préoccupant.
Depuis plusieurs décennies, les autorités tchadiennes annoncent des réformes et mettent en place des structures censées impulser une véritable transformation agricole. De l’Office national de développement rural (ONDR) au Programme national de sécurité alimentaire (PNSA) jusqu’à l’actuelle Agence nationale d’appui au développement rural (ANADER), les changements institutionnels se succèdent. Or, les résultats peinent à convaincre. Le constat reste le même. L’agriculture tchadienne demeure largement traditionnelle, dépendante des aléas climatiques et faiblement mécanisée. L’irrigation reste insuffisante, les semences améliorées sont encore peu accessibles, et les infrastructures de transport, indispensables pour acheminer les produits vers les marchés, sont souvent insuffisantes. À cela s’ajoute une faible capacité de transformation industrielle.
Le paradoxe, c’est que le pays produit, mais transforme peu. Le sésame, l’arachide, le sorgho et d’autres cultures sont exportés ou écoulés à l’état brut, sans réelle valeur ajoutée. Cette situation représente une perte économique majeure pour le pays. Car, industrialiser l’agriculture, ce n’est pas seulement produire davantage, c’est surtout transformer localement, créer des emplois, renforcer les revenus des producteurs et bâtir une économie plus résiliente. La question mérite donc d’être posée : qu’est devenue la Société industrielle de matériels agricoles et d’assemblage des tracteurs (SIMATRAC) créée en 2010 avec pour ambition d’assembler des tracteurs et de fabriquer des équipements agricoles adaptés aux réalités nationales ? Plus de quinze ans après sa création, son impact reste difficilement perceptible sur le terrain.
Même interrogation pour l’Institut tchadien de recherche agronomique pour le développement (ITRAD), censé être le moteur de l’innovation agricole. Malgré les attentes, ses résultats n’ont pas permis la révolution espérée dans la recherche variétale et l’amélioration des rendements. L’industrialisation agricole ne peut se limiter à des annonces ou à la création d’institutions. Elle exige une vision claire, des investissements cohérents et surtout une volonté politique constante. Le Tchad ne manque ni de terres, ni de bras, ni de potentiel. Ce qui manque – et cela est regrettable – c’est la transformation de cette richesse en une véritable puissance agricole et industrielle.
La Rédaction












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