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Editorial : Le défi de l’éradication

Au Tchad, la lutte contre la poliomyélite revient régulièrement au cœur des débats, des revues sanitaires, des journées de plaidoyer, des campagnes de vaccination et des appels à la mobilisation nationale. Les initiatives se multiplient pour afficher la volonté politique de venir à bout de cette maladie. La récente journée d’information organisée au Sénat autour de la vaccination et de l’éradication de la poliomyélite s’inscrit dans cette logique. Mais derrière toutes ces actions, une question essentielle demeure. Pourquoi la poliomyélite continue-t-elle de menacer les enfants malgré des décennies de lutte et des milliards investis à travers le monde ?

Certes, des avancées importantes ont été réalisées. En 2020, l’Afrique a été déclarée exempte du poliovirus sauvage, une victoire historique saluée par les partenaires techniques et financiers internationaux. Dans cette dynamique, le Tchad avait lui aussi obtenu sa certification de pays libre de cette forme du virus. Pourtant, cette satisfaction a rapidement laissé place à une autre inquiétude. Celle de la résurgence des poliovirus variants, favorisée notamment par la faible couverture vaccinale, les difficultés d’accès aux soins et les inégalités sanitaires persistantes.

La santé publique figure parmi les priorités du gouvernement. Toutefois, la vaccination et l’éradication de la poliomyélite doivent,avant tout, se jouer sur le terrain. Or, dans plusieurs provinces, les structures sanitaires restent insuffisantes, les campagnes de vaccination peinent parfois à atteindre les zones reculées, et les populations continuent de faire face à un manque criant d’informations fiables sur les vaccins. À cela s’ajoutent, les pesanteurs sociales, les rumeurs et parfois la méfiance vis-à-vis des autorités sanitaires.

Dans cette lutte, le Sénat est appelé à jouer un rôle déterminant. Les parlementaires disposent d’un pouvoir d’influence important pour sensibiliser les communautés et soutenir les politiques de santé publique. Mais cet engagement ne doit pas se limiter à des rencontres à N’Djaména ou à des déclarations de circonstance dans les hémicycles. La lutte contre la poliomyélite exige des actions concrètes, visibles et durables.

Le défi est d’autant plus important que le système de santé reste confronté à de nombreuses fragilités. Les pénuries de personnel médical, l’insuffisance des infrastructures sanitaires, le manque d’équipements et les difficultés logistiques dans certaines localités compliquent considérablement les efforts de vaccination. Dans plusieurs provinces, l’accès aux centres de santé demeure un véritable parcours du combattant pour les familles. Comment espérer une couverture vaccinale efficace lorsque certaines populations vivent à plusieurs kilomètres du premier centre de santé opérationnel ?

Beaucoup ne prennent conscience de la gravité de cette maladie qu’au moment où des enfants sont touchés par des paralysies irréversibles. Pourtant, la poliomyélite reste l’une des maladies évitables les plus redoutables. La secrétaire générale du Ministère de la Santé publique et de la Prévention, Dr Toralta Nodjitoloum Joséphine, a raison de rappeler qu’aucun enfant ne devrait être paralysé par une maladie contre laquelle existent des vaccins sûrs et gratuits. Mais cette affirmation doit être accompagnée d’une véritable volonté de renforcer durablement les services de santé, de garantir un accès équitable aux vaccins et de restaurer la confiance des populations envers les campagnes sanitaires. Les discours rassurent, mais seuls les actes sauvent des vies.

La Rédaction

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