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Éditorial : L’extrémisme violent à l’épreuve des actes

A chaque fois que l’occasion se présente, les hautes autorités appellent la population à la cohabitation sociale et à la tolérance. Dans un pays marqué par une grande diversité socio-culturelle, cette préoccupation a tout son sens. Car, l’extrémisme violent, l’un des maux qui minent le vivre-ensemble, ne se combat pas uniquement sur les champs de bataille. Il se joue aussi dans les esprits, dans les pratiques quotidiennes et, surtout, dans la capacité collective à demeurer fidèle à ses propres principes.

Depuis plusieurs années, les plus hautes autorités du pays dénoncent avec fermeté les dérives extrémistes. Le message est sans équivoque : préserver l’unité nationale, empêcher toute instrumentalisation de la religion et garantir la stabilité du pays. Mais une question essentielle demeure. Que valent ces discours lorsque dans les faits, les contradictions persistent ?

La lutte contre l’extrémisme exige d’abord une lecture lucide des responsabilités. Celle de l’État est centrale. Il lui revient d’assurer la sécurité, de rendre la justice et d’incarner une autorité impartiale. Mais cette exigence implique aussi l’exemplarité. Or, lorsque, dans certaines administrations, des pratiques à connotation traditionnelle s’imposent aux citoyens comme l’obligation de se déchausser avant d’entrer dans un bureau public, c’est le principe même de neutralité et de laïcité, pourtant consacré par la Constitution, qui vacille.

Les structures religieuses, quant à elles, portent une responsabilité morale majeure. Dans un pays où la foi occupe une place prépondérante, elles doivent constituer des repères solides, des remparts contre toute dérive. Le silence, l’ambiguïté ou la complaisance face à certaines pratiques peuvent ouvrir la voie à des interprétations dangereuses. La religion ne saurait devenir un instrument d’exclusion ou de domination, une exigence que le président de la République ne cesse de rappeler.

À leurs côtés, les chefferies traditionnelles jouent un rôle tout aussi déterminant. Ancrées au cœur des communautés, là où se façonnent les équilibres sociaux, elles sont en première ligne pour prévenir les tensions et empêcher l’enracinement de comportements contraires au vivre-ensemble. Leur vigilance est indispensable.

Mais, au fond, l’enjeu dépasse ces responsabilités sectorielles. Il réside dans l’application rigoureuse de la laïcité. Non pas une laïcité de façade, invoquée dans les discours officiels, mais une laïcité vécue, respectée et défendue dans chaque espace public. Elle seule garantit que chaque citoyen, quelle que soit sa confession, se sente pleinement égal devant l’État.

On aura beau dénoncer l’extrémisme violent, multiplier les déclarations et renforcer les dispositifs sécuritaires, tant que les incohérences subsisteront, le terrain restera fragile. Car l’extrémisme se nourrit précisément de ces failles, de ces ambiguïtés, de ces décalages entre les principes proclamés et les réalités observées. Le Tchad n’a pas seulement besoin de fermeté. Il a besoin de clarté. Et surtout, d’une cohérence sans compromis.

La Rédaction

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ATPE

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