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Editorial

Editorial : Vigilance à tous les niveaux

Les attaques terroristes perpétrées les 4 et 6 mai 2026 contre les positions des forces de défense et de sécurité dans la province du Lac ont brutalement rappelé une réalité que certains semblaient avoir reléguée au second plan : la menace sécuritaire demeure permanente et exige une vigilance de tous les instants. C’est dans ce contexte préoccupant que le ministre délégué auprès du Vice-Premier ministre chargé de l’Administration du territoire et de la Décentralisation, Ahmat Oumar Ahmat, a réuni, le vendredi 8 mai dernier, les maires des communes d’arrondissement de N’Djaména, les délégués de quartiers ainsi que les chefs de carrés. Le message transmis à cette occasion était sans ambiguïté. Renforcer la surveillance aux frontières, dans les quartiers et dans tous les espaces publics, notamment les marchés et les lieux de culte.

Cette interpellation des autorités administratives locales arrive à un moment opportun. Depuis plusieurs mois, l’attention des populations urbaines s’est progressivement déplacée vers d’autres formes d’insécurité, notamment les braquages et les crimes crapuleux qui alimentent quotidiennement les faits divers dans la capitale. Pendant ce temps, la vigilance collective face aux menaces terroristes semblait s’émousser. Les récents événements du Lac rappellent pourtant que le danger n’a jamais disparu et qu’aucun relâchement n’est permis.

Les signes de cette décontraction sécuritaire sont visibles. Le port des tenues de camouflage, pourtant réglementé, tend à se banaliser. Dans certaines cérémonies ou rassemblements festifs, la présence d’individus inconnus ne suscite plus ni questionnement ni méfiance. Plus préoccupant encore, dans plusieurs quartiers périphériques, des groupes d’étrangers s’installent parfois dans des habitations exiguës sans que leur identité, leurs activités ou leurs mouvements n’attirent véritablement l’attention des responsables locaux ou des riverains. Ce laisser-aller constitue une faille que des individus mal intentionnés pourraient exploiter.

En convoquant les responsables administratifs de proximité, le ministre délégué entend manifestement rappeler à chacun ses responsabilités. La sécurité ne saurait reposer uniquement sur les forces de défense et de sécurité. Elle exige également l’implication des autorités locales, des chefs traditionnels et des citoyens ordinaires. Toutefois, l’effort doit être particulièrement renforcé au niveau des frontières, où des insuffisances persistent encore. Il n’est pas rare d’y observer des contrôles approximatifs, parfois fragilisés par la complaisance, les relations personnelles ou encore la corruption. La notoriété d’un voyageur, la valeur d’un véhicule ou quelques billets de banque ne devraient jamais se substituer aux exigences élémentaires de contrôle et de vérification.

La vigilance ne doit pas être une réaction ponctuelle dictée par l’émotion des événements. Elle doit devenir un réflexe permanent, fondé sur le partage d’informations et la coopération entre citoyens et autorités. Les forces de défense et de sécurité peuvent multiplier les efforts sur le terrain, sans la collaboration active de la population à travers les signalements et les dénonciations de comportements suspects, la lutte contre l’insécurité risque de s’inscrire dans la durée.

Le Tchad est reconnu pour son hospitalité légendaire et son sens de l’accueil. Cette valeur constitue une richesse humaine précieuse qu’il convient de préserver. Mais l’hospitalité ne doit jamais exclure la prudence. Les circonstances actuelles imposent lucidité, responsabilité et anticipation. Car face à une menace qui frappe sans distinction, chaque citoyen doit comprendre qu’il peut devenir une cible potentielle. La sécurité nationale est une affaire collective, et chacun a désormais le devoir d’y contribuer.

La Rédaction

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