À N’Djaména, l’accès à l’eau potable demeure une préoccupation majeure pour de nombreux ménages. Face aux coupures fréquentes du réseau public, le forage s’impose souvent comme une solution durable. Toutefois, derrière cette alternative largement adoptée, se cache une réalité inquiétante : dans plusieurs concessions de la capitale, des forages sont installés à proximité des latrines, mettant en péril la qualité de l’eau consommée au quotidien.
Dans certains quartiers, il n’est pas rare de voir un forage jouxter une latrine, parfois séparés par un simple mur. Une proximité qui, selon les spécialistes, constitue un danger sanitaire majeur. Mamadou Ibrahim, spécialiste en Sciences de l’eau et de l’environnement, rappelle que les normes exigent une distance minimale comprise entre 10 et 15 mètres entre un forage et une latrine. Pour lui, l’installation d’un forage ne devrait jamais être improvisée. Elle nécessite l’intervention de techniciens qualifiés capables d’évaluer « la nature du sol, la profondeur de la nappe et les risques environnementaux ». Or, sur le terrain, la recherche immédiate de l’eau prend souvent le pas sur les précautions sanitaires. De nombreux ménages souhaitent une solution rapide, sans toujours mesurer les conséquences à long terme. Mamadou Ibrahim déplore également certaines pratiques peu scrupuleuses. D’après son constat, certains installateurs privilégient le gain financier au respect des normes, acceptant de creuser là où le client l’exige, même lorsque les risques sont évidents.
Des maladies silencieuses mais dangereuses
Sur le plan médical, les conséquences de cette proximité sont largement documentées. Le biologiste médical, Professeur Hamit Mahamat Alio, explique que les forages implantés trop près des latrines présentent un risque élevé de contamination microbiologique. « Les bactéries, virus, parasites et champignons présents dans les matières fécales peuvent migrer à travers le sol et atteindre les eaux souterraines utilisées pour l’alimentation humaine ». D’après lui, les pathologies liées à cette eau contaminée sont, entre autres, la diarrhée, la dysenterie, le choléra ou la typhoïde, mais aussi différentes formes d’hépatites virales. Les enfants, les femmes enceintes et les personnes âgées figurent parmi les populations les plus exposées. À ces maladies s’ajoutent des infestations parasitaires et des affections cutanées, aggravées par un environnement insalubre.
Pour le Professeur Hamit Mahamat Alio, les signes d’alerte d’une eau impropre à la consommation ne doivent pas être négligés. « Une eau colorée, une odeur inhabituelle ou un goût anormal peuvent indiquer une contamination ». Sur le plan clinique, le spécialiste souligne l’apparition de vomissements, de diarrhées ou de douleurs abdominales après ingestion. Cela doit conduire à suspendre immédiatement l’utilisation de cette eau et à rechercher une autre source ou à la traiter avant toute consommation.
Vivre avec le doute au quotidien
Dans certains quartiers populaires, ces risques sont souvent connus, mais vécus comme une fatalité. À Walia, Ndjekornom Blaise, père de famille, raconte son quotidien. « Le forage a été installé faute d’un accès régulier à l’eau de la Société Tchadienne des Eaux. Depuis des années, la famille et les voisins consomment cette eau sans savoir qu’elle peut être à l’origine des maux qui nous dérangent ». Comme beaucoup d’habitants, Blaise admet que lorsqu’un enfant souffre de diarrhée, la nourriture est souvent mise en cause, alors que la qualité de l’eau est rarement questionnée.
Pour réduire les risques, les spécialistes recommandent plusieurs mesures essentielles : respecter strictement les distances réglementaires entre forage et latrine, construire une margelle protectrice autour du point d’eau, traiter l’eau par ébullition ou filtration avant consommation et la conserver dans des récipients propres et bien fermés. Au-delà des comportements individuels, cette problématique pose la question de la responsabilité collective. Pour Mamadou Ibrahim, il est urgent d’intensifier la sensibilisation des populations et de mieux encadrer les acteurs chargés de l’installation des forages. L’accès à l’eau ne doit pas se faire au détriment de la santé publique.
L’eau c’est synonyme de vie, dit-on. Une mauvaise implantation des forages peut devenir une source invisible de maladies. Entre urgence d’accès et respect des normes sanitaires, le défi reste entier : garantir à tous une eau réellement potable et sans danger.
Sikngaye Tamaltan Inès












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