Le président du Conseil national du patronat tchadien, Bichara Doudoua, tire la sonnette d’alarme sur les répercussions de la crise sur l’économie nationale. Il appelle le gouvernement à prendre des dispositions nécessaires et urgentes afin de minimiser les conséquences.
L’Info : Le Tchad ressent-il les effets négatifs de cette guerre sur son économie ?
Bichara Doudoua : Le chef d’entreprise a toujours peur. Il prévoit. Dès le début de la guerre entre les États-Unis, l’Israël et l’Iran, nous avons pris attache avec la ministre du Pétrole sur les conséquences potentielles parce que si on ne prend pas des mesures très rapidement, on risque d’avoir la pénurie du carburant, et de tout ce qui est énergie. La ministre nous a répondu, disant que c’était une bonne initiative et qu’elle va nous envoyer son équipe pour qu’on échange davantage. Mais, on attend toujours.
Comment les conséquences de cette guerre sont-elles ressenties ?
Aujourd’hui, le baril du pétrole varie entre 100 et 108 dollars. D’un côté, peut-être qu’on va gagner avec notre brut. De l’autre, du moins dans le monde entier ça va se sentir. Maintenant, tout est bloqué. Et le Tchad ne va pas échapper. Nous exportons le pétrole certes, mais nous importons beaucoup de produits. En important, les prix vont augmenter conséquemment à l’augmentation du coût des produits pétroliers. Nous espérons que le détroit d’Ormuz ne sera fermé continuellement.
Quels conseils prodiguez-vous à cet effet ?
Le président de la République était en visite en Algérie. Les deux parties ont parlé de la construction d’une deuxième raffinerie. Il faut songer à cela. Mais, avant de le faire, il faut former les jeunes Tchadiens. La formation des jeunes est très importante surtout la formation professionnelle. Au Tchad nous ne la faisons pas.
En cas de difficultés économiques, les différents départements ministériels viennent-ils vers le patronat pour recueillir des conseils afin d’y faire face ?
Je vous raconte une chose. Les Turcs ont des relations avec le Tchad. Ils sont venus avec une forte délégation rencontrer le ministre du Commerce et son équipe. Un mois après, ils reviennent et plusieurs ministères ont changé de dirigeants. Les Directeurs Généraux et les directeurs ne sont plus là aussi. Cela s’est reproduit deux fois, trois fois et ils sont repartis pour de bon. Nous avons une très mauvaise mentalité chez nous. Quand un nouveau ministre arrive, il balaie tout le monde pour amener ses amis, ses frères, etc. Ça ne marche pas ainsi.
Je le dis en tant que chef d’entreprise et je sais que les gens ont beaucoup d’argent aujourd’hui, comme disait feu Maréchal Idriss Deby Itno, sous les matelas. Ils n’ont pas confiance au système bancaire. Mais, il faut de la confiance.
Il y a deux semaines, à la réunion de la Banque mondiale à Abidjan pour la nouvelle architecture financière africaine de développement, le président de la Banque mondiale qui est le nouveau président de ce site disait, qu’il y a 1400 milliards de dollars qui sont restés dans des maisons en Afrique. Or, l’Afrique a besoin de 400 milliards de dollars par an pour se développer. Comment vous voulez qu’on se développe ? L’Etat doit faire cette campagne. Je suis sûr que les gens vont mettre leur argent dans les banques. Celles-ci vont donner des crédits. Tout le monde va travailler. C’est ce qui manque. Les chinois avaient cette crainte avant. Quand il y a eu de la confiance, un milliard de Chinois avaient mis tout leur argent dans les banques et le pays est parti. Il faut que l’État tchadien procède aussi de la manière. Au même moment, il faut combattre la corruption. Il faut que le président de la République et le gouvernement combattent le chômage et mettent en confiance tous ceux qui gardent leur argent dans les maisons.
Interview réalisée par Blaise Djimadoum Ngarngoune












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