À Midrand, en Afrique du Sud, les parlementaires africains ont inauguré la première session ordinaire de la 7ᵉème législature du Parlement panafricain le 20 juillet 2026. Comme à chaque début de mandature, les discours ont célébré l’Agenda 2063, l’intégration régionale, la prospérité partagée et l’unité du continent. Mais derrière cette rhétorique désormais bien rodée se cache une réalité plus inconfortable : plus de vingt ans après sa création, le Parlement panafricain peine encore à convaincre qu’il constitue un véritable centre de décision pour l’Afrique.
Le paradoxe est saisissant. Jamais le continent n’a autant parlé d’intégration, et jamais celle-ci n’a semblé aussi lente à produire des effets visibles pour les populations. Les sommets se succèdent, les stratégies continentales s’accumulent, les déclarations finales se ressemblent, tandis que les crises sécuritaires, les fractures politiques et les difficultés économiques continuent de rythmer le quotidien de millions d’Africains. Le Parlement panafricain illustre à lui seul cette contradiction. Pensé comme l’expression démocratique de l’Union africaine, il demeure prisonnier d’une architecture institutionnelle qui limite considérablement son influence. Il débat, recommande, interpelle, mais ne légifère pas. Il adopte des résolutions, mais ne peut imposer leur application. Il représente les peuples africains sans disposer des instruments nécessaires pour défendre efficacement leurs intérêts face aux exécutifs nationaux.
Cette faiblesse n’est pas seulement juridique ; elle est profondément politique. Les États membres continuent de défendre jalousement leur souveraineté et hésitent à transférer une partie de leurs compétences vers des institutions continentales. L’Union africaine proclame la nécessité d’une intégration plus poussée, mais ses membres restent souvent réticents dès lors qu’il s’agit d’accepter un véritable contrôle supranational. Résultat : l’intégration avance au rythme des compromis diplomatiques plutôt qu’à celui des urgences africaines. Pourtant, les urgences ne manquent pas. Le terrorisme s’étend du Sahel jusqu’au golfe de Guinée. Les changements climatiques aggravent l’insécurité alimentaire et les déplacements de populations. Les jeunes, majoritaires sur le continent, peinent à trouver un emploi digne. Les économies restent dépendantes des exportations de matières premières et vulnérables aux chocs extérieurs. Face à ces défis, les citoyens africains attendent des institutions continentales qu’elles produisent davantage que des déclarations d’intention.
Des réalités quotidiennes ignorées
L’Agenda 2063 continue d’incarner l’horizon politique de l’Afrique. La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF) représente une avancée historique. Les projets d’infrastructures se développent. Les innovations numériques progressent rapidement dans plusieurs pays. Mais ces réussites ne doivent pas masquer les lenteurs administratives, les insuffisances de coordination et les rivalités nationales qui freinent la construction d’un véritable espace politique africain. Le risque est désormais celui du décrochage entre les institutions et les citoyens. Une génération entière grandit avec le sentiment que l’Union africaine demeure éloignée des réalités quotidiennes. Lorsque les populations continuent de subir l’insécurité, le chômage, la vie chère ou les crises humanitaires, les discours sur l’intégration perdent progressivement leur capacité de mobilisation.
Pour le Tchad, la présence de sa délégation aux assises revêt une importance particulière. Situé au cœur des enjeux sahéliens, le pays peut porter au Parlement panafricain les préoccupations liées à la sécurité régionale, à la lutte contre les effets du changement climatique, au développement des infrastructures et à l’emploi des jeunes. Mais là encore, la représentation ne suffira pas. Elle devra s’accompagner d’une capacité d’influence réelle dans les travaux des commissions et dans les orientations de l’Union africaine.
La 7ème législature apparaît ainsi comme un véritable test politique. Le Parlement panafricain devra démontrer qu’il peut dépasser son rôle consultatif pour devenir une institution capable d’exercer une influence réelle sur les politiques continentales. Cela suppose une réforme de ses prérogatives, un renforcement de son contrôle sur les organes de l’Union africaine et une plus grande responsabilité des États membres dans l’application de ses recommandations. Au fond, le défi dépasse largement cette seule institution. C’est toute la gouvernance continentale qui est interrogée. L’Afrique ne manque ni de visions stratégiques, ni de plans d’action, ni d’ambitions. Ce qui lui fait encore défaut, c’est la capacité de transformer ces ambitions en décisions contraignantes et ces décisions en résultats mesurables.
C’est sur cette exigence que sera jugée la 7ème législature. Non sur la qualité de ses déclarations, mais sur sa capacité à faire du Parlement panafricain autre chose qu’une tribune diplomatique : un véritable instrument de gouvernance continentale au service des peuples africains.
Yonwa Maïlébélé












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