Les populations des villages riverains du lac Tchad qui péchaient sans crainte, n’arrivent plus à vivre de leur métier de pêche. A cause de l’insécurité instaurée par la secte islamiste Boko Haram, celles-ci n’exercent plus leur métier comme avant et ne savent que faire.
Au lever du jour, les rives du Lac Tchad, s’instillent dans un silence inhabituel. À Merom comme dans les autres villagesriverains du Lac Tchad, l’agitation de l’eau se mêle aux regards inquiets des pêcheurs. Ici, la pêche n’est pas seulement un métier, c’est une question de survie. Mais depuis quelques années, l’insécurité a transformé ce mode de vie ancestral en parcours à risque.
Assis sur une natte devant sa concession, Mahamat Saleh, père de six enfants, répare ses filets usés. Le visage marqué par la fatigue et l‘inquiétude, il confie d’une voix posée « Avant je pouvais passer toute la nuit sur le lac sans peur. Aujourd’hui, chaque sortie est un pari. On ne sait pas si on va revenir».Comme beaucoup d’habitants des rives du Lac Tchad, MahamatSaleh vit exclusivement de la pêche et d’une petite agriculture de subsistance. Son champ de mil, situé non loin au bord du lac, dépend des crues et des saisons. Mais l’insécurité a réduit ses déplacements et ses heures de travail. « On ne va plus loin pour pêcher. Les zones où il y a beaucoup de poissons, sont devenues dangereuses. On reste près du village, mais les prises sont faibles », conflit-il.
Les revenus chutent, et la famille peine à joindre les deux bouts. À la maison, son épouse transforme une partie des captures en poisson séché pour la conservation. Mais là aussi, les quantités ont diminué.
Dans les marchés de la région, les conséquences sont visibles. À Bol, Amina M. vendeuse de poisson depuis plus de dix ans observe une hausse inquiétante des prix. « Avant, on pouvait acheter beaucoup de poisson, à bas prix. Le sac de poisson coûtait moins de 10.000F mais aujourd’hui, c’est devenu rare. Les pêcheurs ont peur, donc ils ramènent moins. Et nous, noussommes obligées d’augmenter les prix », a-t-elle expliqué. Elle montre du doigt une bassine à moitié remplie. « Ce que vous voyez là coûtait deux fois moins cher il y a quelques années. Les clients se plaignent, mais nous aussi on souffre », a indiqué la vendeuse.
L’insécurité a également perturbé les circuits d’approvisionnement. Les axes de transport sont parfois jugés dangereux, ralentissant la distribution vers les grandes villes comme N’Djaména.
D’autres victimes de cette crise silencieuse, ce sont les mareyeurs. Ces intermédiaires chargés d’acheter le poisson auprès des pêcheurs pour la revente. Moussa A. l’un des mareyeurs explique son cas. « Même nous, on ne prend plus le risque d’aller dans certaines zones. On perd de l’argent certes mais on préfère rester en vie », a-t-il témoigné. Pour Mahamat Saleh, l’avenir reste incertain, « Si ça continue comme ça, nos enfants ne vont plus connaître la pêche. Pourtant, c’est ce qui nous fait vivre depuis toujours », a-t-il confié.
Man-Ya Allah Gisèle, envoyée spéciale












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