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Développement

JIFA 2026 : Les femmes n’ont plus besoin de promesses

Chaque 31 juillet, l’Afrique célèbre la Journée internationale de la femme africaine, mais les discours reviennent avec une régularité presque immuable. On célèbre la femme africaine, on salue son courage, on rappelle son rôle dans la famille, l’économie et la société. Puis les micros s’éteignent, les tribunes se vident, et les réalités reprennent leurs droits.

La Journée internationale de la femme africaine ne devrait pourtant pas être un simple exercice de communication institutionnelle. Née en 1962 de la volonté des pionnières africaines réunies à Dar es Salaam, en Tanzanie, elle portait une ambition révolutionnaire : faire de l’émancipation des femmes un moteur de la libération et du développement du continent. 63 ans plus tard, cette ambition reste inachevée.

 Au Tchad, le paradoxe est saisissant. Les femmes portent une grande partie de l’économie réelle. Elles cultivent les champs, animent les marchés, font vivre le commerce informel, soutiennent les familles et assurent la cohésion des communautés. Pourtant, lorsqu’il s’agit de partager le pouvoir économique ou politique, elles demeurent trop souvent reléguées au second plan. Les chiffres évoluent lentement, mais les obstacles, eux, résistent. Accès limité au crédit, difficultés d’accès au foncier, faible représentation dans les postes stratégiques, persistance des mariages précoces, violences basées sur le genre, abandon scolaire des jeunes filles : autant de barrières qui empêchent le pays de mobiliser pleinement la moitié de son potentiel humain.

Certes, des avancées existent. Le cadre juridique s’améliore progressivement. Les femmes occupent davantage de responsabilités dans certaines institutions. Des programmes publics et des initiatives de la société civile cherchent à renforcer leur autonomie économique. Ces efforts méritent d’être salués. Mais il serait dangereux de les confondre avec une transformation profonde. La vitesse des réformes reste largement inférieure à celle des besoins. Or, l’enjeu dépasse largement la question des droits des femmes. Il touche directement au développement national. Aucun pays ne peut prétendre accélérer sa croissance tout en laissant de côté la moitié de ses compétences. Toutes les expériences africaines et internationales convergent : investir dans l’éducation des filles, soutenir l’entrepreneuriat féminin et ouvrir les centres de décision aux femmes produisent des résultats économiques mesurables. Ce n’est pas une faveur accordée aux femmes ; c’est un investissement rentable pour la nation.

Marquer une rupture

À l’heure où le Tchad affiche son ambition de transformer son économie, de moderniser son agriculture, de développer ses ressources minières et de stimuler son industrialisation, une question s’impose : quelle place réserve-t-il réellement aux femmes dans cette transformation ? Les stratégies de développement ne peuvent plus être pensées pour les femmes ; elles doivent être construites avec elles. La JIFA 2026 devrait donc marquer une rupture. L’heure n’est plus aux engagements répétés ni aux déclarations de principe. L’heure est aux décisions qui changent durablement les trajectoires : garantir une éducation de qualité à chaque fille, faciliter l’accès des femmes au financement, protéger efficacement leurs droits, lutter sans complaisance contre les violences et leur ouvrir pleinement les espaces de décision. Le véritable hommage à rendre aux fondatrices de l’Organisation panafricaine des femmes ne réside pas dans les cérémonies officielles. Il se mesure à la capacité des États à transformer leurs politiques publiques en résultats concrets. Tant qu’une jeune Tchadienne devra travailler deux fois plus pour obtenir les mêmes opportunités qu’un homme, l’égalité restera un slogan.

La Journée internationale de la femme africaine qui se célèbre cette année sur l’eau, l’assainissement et le développement durable ne doit plus être le rendez-vous annuel des bonnes intentions. Elle doit devenir celui de l’obligation de résultats. Car, un pays qui prive ses femmes de leur pleine participation ne ralentit pas seulement leur avenir ; il compromet le sien.

Yonwa Maïlébélé

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