La lutte contre le paludisme est engagée dans plusieurs localités du Tchad. Exerçant dans la province du Logone occidental, le médecin Chef du district sanitaire de Moundou, Dr Djimadoum Dionadji, s’est entretenu avec la rédaction de l’Info. Il y dresse un état des lieux préoccupant de cette maladie endémique, tout en appelant à une mobilisation accrue.
La ville de Moundou dans le sud du Tchad est classée parmi les villes endémiques du paludisme. Les défis face à cette maladie sont plus grands. Dans cette partie du pays, la gratuité de la prise en charge est appréciée diversement. Minganodji Sila, une jeune femme, enceinte rencontrée à la sortie d’un centre de santé, affirme. « La seule gratuité que je constate, ce sont les moustiquaires et le fer, le Fansidar est payant, sans argent, il est difficile de bénéficier d’une prise en charge complète ». Bélaldé Jérôme, père de famille dont l’épouse a perdu la grossesse, déplore le manque d’application de la gratuité par certains agents de santé. «A cause de ces difficultés, nous sommes parfois obligés de nous tourner vers les vendeurs informels de médicaments», dit-il. Pour Ménodji Geneviève, mère d’un enfant de quatre ans, les frais restent un obstacle majeur, « on parle de gratuité, mais tout se paye dans nos centres de santé ; carnet, consultation, examens et même certains traitements, avec 3 000 francs, il est impossible de couvrir tous les frais».
Selon les données du district sanitaire, en 2024, plus de 41 000 cas de paludisme ont été enregistrés, contre 43 000 en 2025. Les enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes demeurent les plus vulnérables, exposés aussi bien aux formes simples qu’aux formes graves de la maladie. En 2024, le district sanitaire de Moundou a enregistré 706 décès liés au paludisme, un bilan qui interpelle les autorités et les communautés
Une prise en charge confrontée à la rupture des stocks
Concernant la prise en charge, le médecin chef du district sanitaire de Moundou, Dr Djimadoum Dionadji, indique qu’un Programme national de lutte contre le paludisme(PNLP) est en place, avec un protocole bien défini. Les traitements sont, en principe, administrés gratuitement, aussi bien en zones urbaines que rurales. « Pour les cas graves, les premières doses sont administrées en urgence avant orientation vers les hôpitaux provinciaux », explique-t-il.
La gratuité des soins, bien qu’effective selon les autorités sanitaires, reste toutefois limitée par la disponibilité des produits. «En période de pic, les stocks peuvent s’avérer insuffisants», soutient le médecin, ajoutant que la gratuité concerne prioritairement les enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes. Elle dépend largement des dotations fournies par les partenaires, une fois les stocks épuisés, indique ce dernier, les patients sont contraints de payer leurs traitements. De son point de vue, en matière de prévention, les femmes enceintes bénéficient d’un traitement préventif à base de Fansidar ainsi que de moustiquaires imprégnées. Là encore, la continuité de ces mesures dépend des approvisionnements disponibles.
Le Médecin Chef appelle à une responsabilisation collective impliquant la société civile, les organisations des femmes et des jeunes, ainsi que les leaders religieux et traditionnels. Il souligne que les conséquences du paludisme peuvent être dramatiques, chez les femmes enceintes, il peut entraîner des fausses couches, des accouchements prématurés ou encore des interruptions de grossesse. Chez les enfants, il est souvent à l’origine d’anémie sévère, pouvant conduire à la mort.
Entre volonté politique affichée et contraintes opérationnelles, la lutte contre le paludisme à Moundou, province du Logone occidental continue de faire face à de nombreux défis. La réussite de cette bataille passe, selon les acteurs, par une meilleure disponibilité des intrants, un respect strict des mesures de gratuité et une mobilisation renforcée de l’ensemble des couches sociales.
Instituée en 2007 par l’Assemblée mondiale de la santé, la Journée mondiale de lutte contre le paludisme vise à renforcer l’engagement international dans la lutte contre le paludisme, considéré comme l’une des principales causes de morbidité et de mortalité dans le monde, notamment en Afrique subsaharienne.
Makasra Addi, correspondant à Moundou












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