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Peaux animales: Une ressource qui rapporte moins qu’elle ne vaut (Dossier 1)

Chaque semaine, des camions chargés de milliers de peaux de bovins, d’ovins et de caprins quittent le Tchad pour le Nigeria. Ce commerce transfrontalier fait vivre des collecteurs, des commerçants et des transporteurs. Mais en exportant cette ma- tière première à l’état brut, le pays renonce à une partie de la valeur ajoutée que pourrait générer une industrie locale du cuir.

Pour Malloum A. D., commerçant exportateur rencontré au marché de peaux situé à proximité de l’abattoir de Farcha, tout commence dès l’abattage. La qualité d’une peau se joue dans les premières heures. Une mauvaise manipulation ou une conservation inadéquate peut réduire considérablement sa valeur sur le marché. « La peau doit être retirée avec beaucoup de soin. Si elle est abîmée ou mal conservée, elle perd une partie de sa valeur commerciale », explique-t-il. Après le tri, les peaux sont regroupées, stockées puis acheminées vers les centres de collecte avant leur expédition vers le Nigeria, principal débouché des exportateurs tchadiens.

À l’abattoir frigorifique de Farcha, le chef du service vétérinaire, Hissein S. N., indique que le volume de production dépend directement du nombre d’animaux abattus. L’établissement reçoit quotidiennement entre 120 et 150 bovins. Avant leur mise sur le marché, les peaux sont inspectées, nettoyées puis conservées par salage afin d’éviter leur dégradation. «La valeur d’une peau dépend de plusieurs éléments : l’état sanitaire de l’animal, la qualité de l’écorchage, les conditions de transport et les méthodes de conservation », précise le vétérinaire.

Exporter ou transformer

Pour l’économiste Bigaoula François Xavier, enseignant-chercheur et spécialiste des questions de développement, la filière des peaux demeure l’un des maillons les moins valorisés de l’élevage tchadien. Pourtant, rappelle-t- il, le Tchad possède l’un des plus importants cheptels de la sous-région et l’élevage constitue la deuxième ressource économique du pays après le pétrole.

Selon lui, les revenus tirés des peaux restent limités parce que celles-ci sont majoritairement commercialisées à l’état brut. Les bénéfices les plus importants sont ensuite réalisés dans les pays où elles sont transformées en cuir, puis en produits manufacturés. Le chercheur reconnaît que les exportations vers le Nigeria offrent un débouché immédiat aux commerçants. Elles permettent d’écouler rapidement les stocks, de limiter les coûts de conservation et d’assurer une rentrée de liquidités. Mais cette solution, estime-t-il, ne répond pas aux enjeux du développement industriel. «En exportant les peaux brutes, le Tchad vend une matière première à faible valeur. Ce sont les pays qui les transforment qui captent ensuite les revenus les plus importants grâce au cuir, aux chaussures, aux sacs ou encore à la maroquinerie», analyse-t-il.

À cette perte de valeur ajoutée implique une forte dépendance au marché nigérian. Les fluctuations des prix, les restrictions commerciales ou les difficultés de transport peuvent rapidement fragiliser la filière. Pour Bigaoula François Xavier, le véritable défi consiste désormais à développer la transformation locale. Le tannage permettrait de multiplier la valeur marchande des peaux et de stimuler la création d’emplois dans plusieurs secteurs, notamment la maintenance, le transport, le contrôle qualité et la commercialisation. « Une peau brute vaut relativement peu. Une fois transformée en cuir, elle devient une matière première pour la chaussure, la maroquinerie, les ceintures, les selles et de nombreux autres produits », souligne-t-il. L’enseignant-chercheur Bigaoula Fran- çois Xavier affirme que le véritable enjeu n’est pas d’augmenter les volumes exportés, mais de faire en sorte qu’une plus grande partie de la richesse produite par la filière reste au Tchad. Selon lui, tant que les peaux quitteront le pays sans être transformées, les emplois industriels et les revenus liés au cuir continueront de profiter aux pays importateurs.

Il recommande, à cet effet, la création de centres de collecte et de conservation dans les zones d’élevage, l’installation d’unités modernes de tannage, le renforcement de la formation des acteurs ainsi que des mécanismes de financement en faveur des petites et moyennes entreprises. Il insiste également sur la nécessité d’adopter des normes environnementales afin que le développement de cette industrie ne se fasse pas au détriment de l’environnement.

Elhadj Ali Hassan Lalouche   

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