La fouille effectuée à la Maison d’arrêt de Kléssoum, le 9 octobre 2025, a laissé pantois les observateurs avec l’ampleur de ses résultats. Des téléphones, armes blanches et produits interdits sont saisis en grande quantité. Si de telles pratiques sont courantes dans les maisons carcérales, ce qui a été présenté aux Tchadiens à travers les médias soulèvent plus de questions et d’inquiétudes.
Le ministère de la Justice, garde des sceaux, chargé des droits humains et celui de la Sécurité publique et de l’Immigration à l’initiative de l’opération, ont la lourde responsabilité d’agir, prendre des initiatives pour circonscrire le danger potentiel et faire des maisons d’arrêts tchadiennes des endroits sûrs et plus humains.
Le bilan de la fouille d’une demi-journée fait froid aux dos. Dans un établissement pour 1.200 détenus, la fouille a donné 300 téléphones portables, 228 armes blanches, 79 cartes SIM, 17 doses de stupéfiants, 5 litres de drogues fabriquées de manière artisanale ainsi que divers accessoires dangereux saisis. Avec tout ceci à l’intérieur d’une prison, censée être sous haute surveillance, cela pose un sérieux problème de sécurité dans et en dehors des prisons au Tchad.
Selon le procureur de la République, Moussa Abdelkerim Saleh, depuis leurs cellules, les prisonniers utilisent des téléphones pour arnaquer et escroquer la population. Au-delà de l’escroquerie, des actes criminels ne sont pas à exclure. Mais, dépassée la question de la sécurité des prisonniers eux-mêmes et du pays, beaucoup de Tchadiens aimeraient comprendre comment des personnes privées de leurs libertés de mouvements arrivent à se procurer des cartes SIM, des téléphones portables et s’approvisionner en produits illicites ! A cette préoccupation, les langues ne se délient pas facilement en public. Toutefois, à bas mots, des complicités internes et externes sont admis. Des régisseurs aux magistrats, en passants par des gardes pénitentiaires et responsables des prisons, il est reproché à chacun quelque chose.
Un business fructueux
La vente de la drogue, des boissons et autres produits interdits au sein d’une prison est un commerce très lucratif. Elle génère des bénéfices irrésistibles pour ceux qui s’y mettent. Ce qui, du coup, complique la ramification des réseaux qui ravitaillent les maisons carcérales. Depuis les cellules, des chaînes de complicités se tissent, soit entre anciens détenus et ceux toujours en prison, soit entre des groupes de contrebandes et des prisonniers. Il est aussi rapporté des cas des forces de l’ordre, gardiens des prisons qui ravitaillent, sans grande difficultés, aux prisonniers. Ces types de complicités internes sont les plus nuisibles ; car, agents de l’Etat investis du pouvoir d’incarner l’ordre et la discipline se transforment en acteurs et complices des faits répréhensibles.
En sus des facilités internes et externes dont bénéficient les détenus, la responsabilité des opérateurs des téléphonies mobiles et l’Agence nationale de sécurité informatique et de certification électronique (ANSICE), respectivement fournisseurs de réseau et entité dédiée à la sécurité du pays sur la toile, est engagée. L’autorité politique doit, plus que des mises en gardes et appels à la vigilance, aller loin pour rétablir la vérité autour du flou qui entoure des pratiques illégales dans les prisons. En de pareils cas, des enquêtes indépendantes sont nécessairement diligentées pour établir la responsabilité de chacun, et ceux qui se seraient rendus coupables ou complices doivent subir la rigueur de la loi pour dissuader les autres.
Blaise Mbaïadoumbeye












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