Après l’attaque meurtrière menée contre la base des forces de défense et de sécurité à Barka Tolorom, dans la province du Lac, la même question revient dans l’esprit des Tchadiens. Jusqu’à quand le Tchad continuera-t-il de subir des offensives terroristes avant de réagir uniquement par des opérations de représailles ?
A chaque attaque terroriste, les forces de défense et de sécurité font de riposte d’envergure. Des opérations, par le passé aux noms de Bohoma et Haskanite, sont lancées pour traquer les assaillants. Pourtant, malgré les sacrifices consentis par l’armée, le cycle semble se répéter. Les 4 et 6 mai 2026, dans la province du Lac-Tchad, les positions des militaires tchadiens sont encore ciblées. Les conséquences sont lourdes : 23 morts et 26 blessés selon le communiqué officiel de l’état-major général des armées. Ces derniers, tombés sur le champ d’honneur en défendant la patrie, laissent des veuves et orphelins.
Cette situation suscite de profondes interrogations sur l’efficacité de la stratégie sécuritaire mise en place face à Boko Haram et aux groupes armés qui exploitent la complexité géographique du Lac-Tchad. Peut-on continuer de rester sur la défensive et de répondre systématiquement par la force, sans renforcer durablement les capacités d’anticipation et de prévention ?
Le défi sécuritaire dans le Lac-Tchad devient de plus en plus complexe et s’inscrit désormais dans une guerre asymétrique, mobile et fondée sur des opérations nocturnes meurtrières. Les groupes terroristes connaissent parfaitement les îles, les marécages et les multiples voies de circulation de cette zone aux contours difficiles à contrôler. Cet environnement dense, facilite les déplacements rapides des combattants armés et complique considérablement la surveillance terrestre.
Dans un tel contexte, le renseignement devient l’élément central de toute stratégie de défense efficace. L’Armée nationale tchadienne dispose d’hommes courageux et d’équipements sophistiqués, mais sans nul doute, des informations précises et transmises à temps, elle reste vulnérable aux attaques terroristes répétitives. Les dispositifs de renseignement permettent-ils réellement d’anticiper les mouvements des groupes terroristes dans la province du Lac ?
Les attaques récurrentes contre des positions militaires donnent l’impression que les assaillants parviennent encore à exploiter certaines failles opérationnelles. Entre le moment où les terroristes quittent leurs cachettes et celui où ils frappent, il existe forcément des indices, des mouvements suspects ou des signaux d’alerte qui devraient être détectés. Cela suppose un renforcement urgent de la coordination entre les services de renseignement, les unités déployées sur le terrain et les populations locales.
Autre défi, c’est celui de la surveillance aérienne des zones les plus touchées par le groupe terroriste. À l’heure où plusieurs pays s’appuient sur des drones de reconnaissance pour surveiller leurs frontières et détecter les mouvements ennemis, le Tchad est appelé à renforcer davantage ses capacités aériennes de surveillance. Les appareils capables d’opérer de jour comme de nuit, pourraient jouer un rôle déterminant dans la sécurisation des différentes bases militaires installées dans le Lac-Tchad.
Stratégies et ressources dans le viseur
La guerre contre le terrorisme n’est plus uniquement une guerre de confrontation face à face. C’est celle de précision et d’anticipation notamment sur la capacité à voir avant l’ennemi, comprendre avant lui et frapper avant qu’il ne passe à l’action.
Dans le cas du Lac-Tchad, la surveillance aérienne et fluviale doit devenir permanente. Les multiples passages clandestins et les zones difficilement accessibles exigent un quadrillage plus rigoureux. Les patrouilles classiques, bien qu’importantes, ne suffisent plus face à des groupes capables de se disperser rapidement dans un environnement complexe.
Le Lac-Tchad est une zone à forte potentialité économique, pour les activités de pêche, d’élevage et de commerce. L’insécurité persistante fragilise les populations locales et favorise l’émergence de réseaux criminels ou de groupuscules armés qui profitent du chaos pour étendre leur influence.
Face à ces attaques qui ont plongé le Tchad dans un deuil national de trois jours, le renforcement du renseignement, la modernisation des équipements, la surveillance continue par drones, le renforcement des capacités fluviales, la coopération régionale et le soutien accru aux populations locales sont des questions urgentes. Les forces de défense et de sécurité ont démontré à plusieurs reprises leur bravoure sur le terrain. Mais le courage seul ne suffit plus dans une guerre où l’ennemi mise sur la mobilité, la discrétion et les attaques surprises.
Abakar Gombo Doungous












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