À N’Djaména comme dans plusieurs provinces du Tchad, la question de la santé mentale reste un défi majeur. L’absence de structures spécialisées, l’hésitation de certains parents et le manque de sensibilisation contribuent à laisser de nombreuses personnes atteintes de troubles psychiques face à elles-mêmes.
Dans les rues de la capitale, il n’est pas rare de croiser des individus souffrant de troubles mentaux, errant sans assistance. D’autres, moins visibles, sont enfermés dans des concessions familiales, parfois enchainés, faute de solutions médicales appropriées. Pourtant, les spécialistes alertent que la maladie mentale est une réalité croissante. Mais, le recours aux soins psychiatriques demeure limité. Certaines familles hésitent encore à consulter, préférant se tourner vers la médecine traditionnelle ou les pratiques spirituelles. Kimtoldje Ferdinand, un maçon habitant le quartier Mandjafa raconte : « J’avais un cousin qui souffrait de cette maladie. Quand j’ai demandé à la famille de cotiser pour le soigner, ils ont refusé, pensant qu’il était possédé. J’ai insisté pour l’emmener chez un psychiatre et après un long moment de traitement, il va bien aujourd’hui». Ndilta Elias, débrouillard résidant à Atrone fait le même constat. Il explique que le retard dans la prise en charge a aggravé l’état de son frère : « Au début, on pensait que c’était à cause de l’excès d’alcool. Mais son état s’est détérioré avec le temps. Quand nous l’avons conduit chez un psychiatre, la maladie était déjà avancée».
De l’avis du psychiatre, Mahamat Akouna Hassan, le problème de la prise en charge des personnes souffrantes de la maladie est bien réel. « Nous recevons de nombreux patients à N’Djamena, y compris ceux venant des provinces. Le traitement peut être long, mais beaucoup de familles hésitent à consulter par manque d’information ou à cause des croyances traditionnelles », explique-t-il. Le spécialiste déplore également le déficit criard des professionnels de santé mentale. « Les malades sont plus nombreux que les psychiatres », regrette-t-il, appelant les autorités à former davantage des spécialistes. L’absence des centres spécialisés dans les provinces oblige les parents du malade à parcourir de longues distances en quête de soins, rajoutant un coût souvent difficile à supporter.
La précarité économique
A cause des moyens financiers insuffisants, plusieurs familles se tournent vers les marabouts ou les tradipraticiens. « Beaucoup considèrent encore ces troubles comme des problèmes spirituels à traiter en dehors de l’hôpital », précise Mahamat Akouna Hassan. Face à cette situation, les professionnels de santé appellent à une mobilisation urgente. Ils recommandent une intensification des campagnes de sensibilisation, la création de centres de prise en charge dans toutes les provinces du pays, ainsi qu’un renforcement en personnel qualifié. Sans ces efforts, la prise en charge des malades mentaux au Tchad risque de rester sans lendemain, laissant de nombreuses personnes vulnérables sans espoir de traitement adéquat ni de retrouver une vie normale.
Aïmadji Sylvie












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