En marge des travaux de la 79ème Assemblée Mondiale de la Santé, une rencontre s’est tenue autour de la réforme « Gavi Leap ». Portée par Gavi, l’Alliance du Vaccin, cette initiative marque un tournant stratégique majeur pour la souveraineté sanitaire des États. Une forte délégation tchadienne, conduite par le Ministre de la Santé Publique et de la Prévention, Dr Abdelmadjid Abderahim, y a pris une part.
La rencontre a réuni plusieurs ministres de la santé, des responsables d’institutions internationales et des partenaires techniques. L’objectif était de présenter « Gavi Leap », une nouvelle approche stratégique conçue pour renforcer la souveraineté des États, simplifier les mécanismes de financement et améliorer la performance des systèmes de vaccination, en particulier dans les contextes fragiles.
Dans son intervention d’ouverture, Helen Clark, membre du conseil d’administration (board) de Gavi, a d’abord rappelé le bilan historique de l’Alliance. Depuis sa création , Gavi a permis de vacciner plus de 1,2 milliard d’enfants. Elle a ensuite défini la philosophie de cette nouvelle réforme : « « Gavi Leap » constitue un changement de paradigme visant à faire des pays les véritables propriétaires de leurs priorités sanitaires, plutôt que de simples exécutants de programmes internationaux. »
Dans la même dynamique, la Directrice générale de Gavi, Sania Nishtar, a détaillé les grands axes de la feuille de route « Gavi 6.0 ». Une déclinaison qui prévoit la simplification des financements via une demande unique par pays. Une flexibilité accrue pour les contextes fragiles et une souveraineté nationale renforcée dans le choix des partenaires techniques. Elle a également insisté sur le déploiement de l’initiative AVMA (African Vaccine Manufacturing Accelerator), un levier essentiel pour booster la production locale de vaccins en Afrique.
Le plaidoyer du Tchad
L’intervention du ministre tchadien de la Santé Publique, le Dr Abdelmadjid Abderahim, a constitué l’un des moments forts au cours des échanges. Le ministre a partagé l’expérience concrète de du Tchad face aux défis logistiques du dernier kilomètre et à la gestion de la vaccination en zones de crise.
Tout en saluant la qualité du partenariat entre le Tchad et Gavi, le ministre a rappelé le chemin parcouru : « Au début des actions de lutte contre la pandémie de COVID-19, le taux de vaccination au Tchad était inférieur à 1 %. Grâce à une forte volonté politique, à l’engagement communautaire et à l’alignement des partenaires autour de la vision stratégique de l’État, le pays est parvenu à dépasser les 60 % de couverture vaccinale dans plusieurs zones ciblées. »
Pour le Dr Abdelmadjid Abderahim, la clé du succès réside dans l’implication directe des chefs traditionnels, des autorités administratives locales et des communautés elles-mêmes. Il a plaidé pour la construction de systèmes de santé résilients basés sur la participation communautaire et le cofinancement national, mettant en avant une innovation tchadienne majeure : « Le Tchad a récemment adopté une approche intersectorielle à travers la signature d’un « Compact » mobilisant treize ministères autour des enjeux sanitaires, notamment les finances, l’assurance maladie et les collectivités.»
Relever les défis humanitaires et transfrontaliers
L’intervention du ministre a également mis en lumière les défis spécifiques auxquels le pays fait face, notamment l’impact de la crise du Darfour, l’insécurité persistante dans le bassin du Lac Tchad, les mouvements transfrontaliers des populations nomades ainsi que la pénurie de ressources humaines en santé. Pourtant, l’ambition reste intacte. Le Dr Abdelmadjid Abderahim a révélé qu’en dépit de ce contexte fragile, le Tchad a réussi l’exploit d’intégrer simultanément trois nouveaux vaccins en 2024 (contre le Rotavirus, le Pneumocoque et le Paludisme). Une réussite rendue possible par un travail de sensibilisation intensif et l’adhésion progressive des populations, en particulier des femmes.
Le ministre a réaffirmé le soutien total du Tchad à Gavi Leap, qu’il qualifie d’« instrument majeur de gouvernance, de responsabilisation des États et de redevabilité ». Il a toutefois lancé un appel clair.
« Il est nécessaire de renforcer les stratégies de surveillance épidémiologique et les approches transfrontalières adaptées aux populations mobiles afin de mieux prévenir les épidémies dans la sous-région. » affirme le Ministre Dr Abdelmadjid Abderahim.
L’Afrique de l’Ouest et de l’Est ont convergé autour de la nécessité. Les délégations de l’Éthiopie, de la Côte d’Ivoire, de la Gambie et du Ghana ont unanimement convergé vers les mêmes priorités axées sur l’urgence d’une approche intégrée des services de santé, la nécessité d’un financement domestique progressif et l’affirmation d’un leadership national fort pour dicter les politiques vaccinales du continent.












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