Les femmes du Sénat ont organisé, le 5 mars 2026, une journée de réflexion, d’échanges et de débats consacrée au contrôle parlementaire, au plaidoyer et à la gouvernance inclusive en faveur des droits des femmes. Cette rencontre s’inscrit dans le cadre de la Semaine Nationale de la Femme Tchadienne (SENAFET), édition 2026. Elle marque également une étape symbolique car c’est la première fois que la chambre haute du Parlement célèbre officiellement cet événement dédié à la promotion et à la valorisation de la femme tchadienne.
Ouvrant les travaux, le président du Sénat, Dr Haroun Kabadi, a indiqué que cette cérémonie intervient à deux jours de l’anniversaire de l’installation du Sénat. Selon lui, cette célébration revêt une importance particulière dans le contexte actuel du Tchad, caractérisé par une « volonté affirmée de promouvoir l’inclusion, l’égalité des chances et la participation effective des femmes à la vie publique et aux processus décisionnels ».
Pour Dr Haroun Kabadi, célébrer la SENAFET au Sénat revient, d’une certaine manière, à consacrer la pleine implication politique des femmes au sein du Sénat. Il a rappelé que, pendant longtemps, les femmes tchadiennes ont été faiblement représentées au Parlement et dans les instances dirigeantes du pays. À cet égard, les élections législatives, locales et sénatoriales organisées en 2024 et 2025 constituent, d’après lui, une avancée historique. « Ces scrutins ont permis une participation plus significative des femmes au Parlement ainsi que dans les conseils provinciaux et communaux », a-t-il reconnu.
S’agissant du Sénat, cette évolution a donné des résultats encourageants. Sur les 69 sénateurs que compte l’institution, 25 sont des femmes, soit 36,2 %. Un chiffre qui dépasse le quota légal fixé à 30 %. Le président du Sénat a précisé que ces femmes ne se contentent pas d’occuper des sièges symboliques ; « elles participent activement aux travaux parlementaires et occupent des responsabilités importantes ».
La Semaine Nationale de la Femme Tchadienne constitue un moment privilégié de mobilisation nationale en faveur de la reconnaissance du rôle déterminant des femmes dans le développement politique, économique, social, culturel et environnemental du pays.
Défis persistants et plaidoyer pour une participation renforcée des femmes
La journée de réflexion a également été marquée par plusieurs interventions portant sur les défis structurels et institutionnels auxquels sont confrontées les femmes engagées dans la vie politique.
Intervenant sur la thématique des défis rencontrés par les femmes élues locales, l’expert en décentralisation et chef de cabinet de la deuxième vice-présidente du Sénat, Ngondo Noël, a insisté sur la nécessité pour les femmes de participer activement au processus politique. Il a notamment souligné l’importance de la participation électorale des femmes, rappelant que le combat pour une meilleure représentation féminine dans les institutions doit être porté collectivement. Selon lui, la mobilisation des femmes, tant comme électrices que candidates, demeure un levier essentiel pour renforcer leur présence dans les sphères décisionnelles.
De son côté, l’ancienne députée Aymadji Opportune, exposant sur le rôle des femmes sénatrices dans le contrôle parlementaire et le plaidoyer, a dressé un constat plus critique des inégalités persistantes. Elle a souligné que les discriminations à l’égard des femmes prolongent plusieurs faiblesses structurelles à savoir la faible scolarisation des filles, le faible niveau d’alphabétisation des femmes, leur faible promotion dans différents secteurs d’activité et leur représentation encore limitée dans les instances politiques. Selon elle, ces inégalités ne sont pas « naturelles, mais résultent de pratiques sociales et de mentalités qui freinent encore l’émancipation complète des femmes ». L’ancienne parlementaire a également évoqué certaines attitudes persistantes au sein des formations politiques. « Au sein des partis politiques, on entend souvent dire nous sommes là pour vous protéger. Mais protéger ne signifie pas exclure. Protéger ne signifie pas décider à la place des femmes », a-t-elle affirmé. Elle a déploré qu’au sein de nombreuses instances de décision, les femmes sont encore trop peu nombreuses autour de la table. Aymadji Opportune a également appelé les responsables politiques à mener un combat réel en faveur de l’égalité des chances. Cela passe, selon elle, par un accès équitable des femmes aux responsabilités, leur présence effective sur les listes électorales et leur participation active aux centres de décision. Elle a, enfin, invité les parlementaires à soutenir et à voter des lois destinées à protéger les femmes contre toutes sortes de violences, estimant que le renforcement du cadre juridique constitue un levier essentiel pour garantir les droits des femmes et favoriser leur pleine participation à la vie publique.
Sikngaye Tamaltan Inès












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