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Toumaï, 25 ans après : Le Tchad demeure le berceau de l’humanité

La recherche paléontologique au Tchad, amorcée dans les années 1990, a marqué un tournant majeur dans l’histoire des sciences avec la découverte de Toumaï, le plus ancien hominidé connu à ce jour. Vingt-cinq ans après cette découverte exceptionnelle, le président du comité scientifique, Pr Baba Mallaye, revient sur les circonstances de cette trouvaille, son importance scientifique et les enjeux de la valorisation du patrimoine tchadien.

Les recherches paléontologiques au Tchad ont véritablement pris de l’ampleur au début des années 2000, avec la mise en place d’une mission scientifique nationale en 2001. Selon Baba Mallaye, président du comité scientifique Tchado-Franco-Allemand, dès la première expédition sur le terrain, les chercheurs ont constaté l’existence de nombreux sites riches en vertébrés fossiles.

L’équipe, composée de cinq membres Alain Beauvilain,  Fanoné Gongdibé, Ahounta Djimdoumalbaye, Mahamat Adoum et Issa Adoum entreprend alors des fouilles dans le désert du Djourab. Le matin de la découverte, vers 9 heures, Ahounta Djimdoumalbaye met au jour un crâne fossile qui sera plus tard baptisé SahelanthropustchadensisToumaï“, une découverte qui bouleversera les connaissances sur les origines de l’humanité.

Selon Baba Mallaye le nom « Toumaï » a été attribué par le défunt président de la République, le maréchal du Tchad Idriss Déby Itno.  Il rappelle qu’il est d’usage qu’un fossile majeur porte un nom usuel afin d’être facilement identifié par la communauté scientifique et le grand public.

Pour le président du comité scientifique, l’importance de Toumaï reste intacte vingt-cinq ans après sa découverte. « Toumaï demeure le plus vieil hominidé connu à ce jour. Aucun fossile d’hominidé plus ancien n’a encore été découvert », affirme-t-il. Il précise toutefois que les chercheurs ont mis au jour une dizaine d’autres fossiles appartenant à la même espèce que Toumaï, tous âgés d’environ 7,2 millions d’années.

Selon lui, chaque nouvelle découverte d’un ancien hominidé est désormais comparée à Toumaï, preuve de la place centrale qu’occupe ce fossile dans la recherche paléoanthropologique mondiale. « L’importance scientifique de Toumaï n’est plus à démontrer », insiste-t-il.

Pr Baba Mallaye rappelle également qu’en 2011, un colloque international réunissant les plus grands spécialistes de la paléoanthropologie s’est tenu au Tchad avec l’autorisation du président Idriss Déby Itno. À l’issue de cette rencontre, les experts ont confirmé l’importance exceptionnelle de Toumaï dans l’histoire de l’évolution humaine.

Dans le prolongement de cette reconnaissance scientifique, une délégation tchadienne conduite par le chef de l’État s’est rendue au siège de l’UNESCO afin d’y remettre un moulage de Toumaï, symbole de la contribution du Tchad à la connaissance des origines de l’humanité.

Un symbole d’unité nationale

Les recherches, souligne Baba Mallaye, ne se sont pas arrêtées après cette découverte historique. Les scientifiques poursuivent les fouilles sur plusieurs sites tchadiens vieux de 1 à 10 millions d’années. Ces travaux ont permis de découvrir d’autres fossiles appartenant à la même espèce que Toumaï, ainsi que de nouveaux spécimens d’Abel, un autre hominidé découvert au Tchad.

Au-delà de son patrimoine paléontologique, le Tchad possède également d’importants sites naturels inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO, notamment les lacs d’Ounianga et le massif de l’Ennedi. Les autorités travaillent également à l’inscription du massif du Tibesti sur cette prestigieuse liste.

Baba Mallaye salue les initiatives du ministère de la Culture visant à promouvoir ces richesses nationales, notamment à travers des visites des principaux sites patrimoniaux organisées à l’occasion de la Journée nationale du patrimoine.

Le président du comité scientifique lance un appel aux Tchadiens à faire de Toumaï un symbole d’unité nationale. Selon lui, cet ancêtre commun doit dépasser les clivages régionaux, religieux et ethniques pour devenir un facteur de cohésion sociale.

« Toumaï est notre ancêtre à nous tous. Il n’avait ni religion, ni langue. Il doit nous rappeler ce qui nous unit plutôt que ce qui nous divise », conclut Baba Mallaye, tout en appelant à renforcer le soutien à la recherche scientifique, à la culture et à la préservation du patrimoine national.

Aminata Dabirama

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