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Fêtes de fin d’année : Quand la célébration déséquilibre les budgets familiaux

Chaque fin d’année, les rues s’illuminent, les maisons se parent de couleurs festives et les tables se garnissent. Noël et le Nouvel An sont attendus comme des moments de joie, de partage et de retrouvailles. Pourtant, derrière cette ambiance festive, une autre réalité se dessine dans de nombreux ménages tchadiens : celle d’un budget familial mis à rude épreuve, souvent jusqu’à l’épuisement.

Habillement, nourriture, boissons, cadeaux, cérémonies… les dépenses se multiplient en quelques jours, parfois sans réelle planification. Pour beaucoup de familles, le salaire du mois de décembre ne suffit plus à couvrir les besoins du mois suivant. Dès les premiers jours de janvier, les difficultés financières refont surface, entraînant frustrations, regrets et parfois tensions au sein des couples.

Remadji Gloria, mère célibataire d’une trentaine d’années, a choisi une approche prudente cette année. Consciente des réalités économiques, elle a décidé de limiter ses dépenses. « Quand on parle des fêtes, il y a forcément des charges supplémentaires. Mais je me suis organisée pour ne pas pleurer après », confie-t-elle. Pour elle, l’essentiel est que ses enfants ne se sentent pas exclus, sans pour autant s’endetter. « Je fais selon ma bourse. Pas besoin de m’endetter pour me retrouver dans des situations compliquées après », explique-t-elle.

Malgré cette vigilance, elle reconnaît que la période reste difficile. « Même en dehors des fêtes, le salaire ne couvre pas toujours le mois. Après les fêtes, c’est la galère », constate-t-elle. Comme beaucoup de parents, Gloria admet ressentir des regrets. « Parfois je me demande si c’était nécessaire d’acheter certaines décorations. Sur le moment, on se dit que c’est la fête, mais après, on regrette toujours un peu ».

Chez les jeunes couples, la pression est toute aussi forte. Djeguedem Delor, jeune parent vivant de petits boulots, raconte une réalité marquée par l’improvisation. « J’ai passé la veille de Noël à travailler comme un fou pour trouver de quoi couvrir les dépenses. C’était impossible de discuter du budget à l’avance avec mon épouse », explique-t-il. Après les fêtes, les tensions ne tardent pas à apparaître. « L’argent reste toujours une source de problèmes dans les foyers », reconnaît-il, tout en espérant mieux anticiper l’année prochaine.

 Entre pression sociale et réalités économiques

Pour Alain Nguinambaye, père de famille dans la quarantaine, la clé réside dans l’anticipation. « La réussite de ces événements repose sur une planification rigoureuse dès le début de l’année », affirme-t-il. Selon lui, une épargne progressive permet d’aborder les fêtes avec plus de sérénité. « Il faut établir un budget détaillé incluant l’alimentation, l’habillement, le transport et les loisirs. Sans cela, les dépenses deviennent incontrôlables ».

Cette difficulté à maîtriser les dépenses festives s’explique aussi par des facteurs sociaux plus profonds. Agassiz Baroum, sociologue et président du Centre d’études et de formation pour le développement et l’action humanitaire (CEFDAH), parle d’une véritable pression sociale. « Les familles entrent souvent dans une forme de compétition généreuse. Dépenser au-delà de ses moyens devient une manière de faire honneur à son rang, d’éviter la stigmatisation ou de prouver son appartenance à un certain statut social », analyse-t-il.

Selon lui, les cadeaux jouent également un rôle symbolique fort. « Les parents craignent que leurs enfants soient marginalisés s’ils ne reçoivent pas des cadeaux à la hauteur des attentes », explique-t-il. Mais cette surconsommation a des conséquences lourdes. « Une mauvaise gestion du budget pendant les fêtes peut entraîner des disputes, une érosion de la confiance au sein du couple, un stress permanent et même une modification des rôles familiaux », souligne le sociologue.

Pour encourager une meilleure gestion financière, Agassiz Baroum plaide pour l’anticipation et la rigueur. « Il faut fixer un plafond global, allouer des montants précis à chaque poste de dépense et constituer, dès le début de l’année, un fonds dédié aux fêtes », recommande-t-il.

Au-delà des lumières et des festivités, les fêtes de fin d’année rappellent ainsi une réalité incontournable. Célébrer sans planifier peut fragiliser durablement l’équilibre familial. Pour de nombreux ménages, la véritable résolution de la nouvelle année commence par une meilleure gestion du budget.

Sikngaye Tamaltan Inès

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