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Société Tchad

Jarres et modernité : Quand l’artisanat affronte le congélateur

La poterie est l’un des métiers les plus anciens de l’humanité. Depuis des millénaires, les communautés ont façonné des jarres en argile pour conserver l’eau, la nourriture, refroidir naturellement les boissons, ou servir d’ustensiles domestiques. Aujourd’hui, avec l’arrivée des technologies modernes telles réfrigérateurs, congélateurs, contenants plastiques, métalliques, ces usages traditionnels ont été réduits dans certains ménages.

Dans le petit village de Gaoui situé à une dizaine de kilomètres de N’Djaména, rattaché à la commune du 10e arrondissement de la capitale, la poterie reste une activité vivante. « Je fabrique environ trois jarres par jour, et parfois plus de petits bols ou récipients à vendre sur le marché. C’est un travail rude, mais je suis fière de perpétuer ce savoir transmis par mes ancêtres », confie Zara Abakar Sakeh, doyenne des potières de Gaoui.

Pour Maguira Hassan, potière et mère de neuf enfants, la poterie est la principale activité génératrice de revenus des femmes de Gaoui. « Nous continuons de produire des jarres solides et réputées pour leur capacité à garder l’eau fraîche sans électricité. Ces grandes jarres résistent à la chaleur et trouvent parfois encore une clientèle fidèle malgré l’essor des réfrigérateurs », précise-t-elle.

Zenaba Lawa, mère de 4 enfants témoigne son amour pour la jarre. « J’ai un réfrigérateur, mais il n’est pas toujours pratique, quand il y a coupure d’électricité. Ma jarre en terre garde l’eau fraîche toute la journée. Et, quand je reçois des invités, elle ajoute du charme au foyer. Je l’utilise aussi pour stocker des légumes ou de la céréale pendant la saison sèche », explique-t-elle.

La jarre apparait pratique. Elle permet de rafraichir l’eau naturellement sans courant électrique. Elle est esthétique et culturelle avec un prix souvent plus bas que certains équipements électriques surtout en zones rurales ou semi-urbaines.

Bemadjibaye Carine une ancienne utilisatrice raconte comment la jarre a cédé la place aux réfrigérateurs « Avant, nous utilisions des jarres pour presque tout : conserver l’eau, refroidir, stocker la farine. Aujourd’hui, nous avons des réfrigérateurs et des plastiques étanches. C’est plus pratique, plus rapide. Mais on perd un peu de nos traditions. »,t-elle. Selon elle, les réfrigérateurs et congélateurs remplacent les fonctions de conservation ou de rafraîchissement. Pour la jeune femme, des contenants modernes que ce soit en plastique ou métal, ils sont souvent plus légers et parfois moins fragiles. Ce mode de vie urbain semble mettre l’accent sur la modernité plus que sur les arts traditionnels de nos jours.

  La poterie face à la modernisation

Au Tchad comme dans d’autres pays d’Afrique ou d’Asie, la poterie traditionnelle n’a pas disparu mais elle est souvent moins valorisée dans les usages quotidiens domestiques. Plus tournée vers des marchés culturels, décoratifs ou touristiques, ou utilisée dans des lieux où l’électricité n’est pas toujours disponible ou chère. Les artisans qui réussissent encore à vivre de leur art sont souvent ceux qui adaptent leur production aux formes modernes et aux jarres décoratives.

Zenaba Abakar, mère de 9 enfants et potière depuis 20 ans, confie que le prix de la jarre a considérablement chuté et le marché est devenu lourd. « La plus grande Jarre se vendait à 7000F ou 8000F mais maintenant on vend à seulement 3000F et même ça, les clients achètent difficilement. Dans la plupart de cas, je vends à des touristes qui exportent leurs pièces, qui participent à des coopératives ou ateliers d’art. J’utilise quelques fois des techniques traditionnelles avec une signature artistique contemporaine pour marquer les clients », affirme-t-elle.

La poterie des jarres n’est plus exclusivement un outil domestique dans un monde où les congélateurs dominent. Elle devient symbole culturel, objet d’art, souvenir d’identité, parfois complément utile en zones sans électricité.

Man-Ya Allah Gisèle

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