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Langue maternelle : Un appel à préserver les cultures

Chaque 21 février, le monde célèbre la Journée internationale de la langue maternelle, proclamée par l’UNESCO en 2000. À N’Djaména, cette journée met en lumière un défi majeur : la perte progressive des langues locales et, avec elles, d’une partie de la culture tchadienne.

Selon la Société internationale de linguistique (SIL), le Tchad compte environ 130 langues. Mais, aujourd’hui avec la mondialisation, certaines familles parlent peu ou ne parlent pas du tout leurs langues maternelles. « Chez moi, nous ne communiquons qu’en français et en arabe, car ma femme n’est pas de ma communauté », confie le comptable, Noubadoum Alphonse, habitant de N’Djaména. Fanenhi Hubert, enseigant, pour lui, certaines langues maternelles tendent à disparaitre au profit des autres langues, parce qu’on ne les parle pas.  « Beaucoup d’enfants de nos jours n’arrivent pas à communiquer dans leurs langues maternelles, parce que leurs parents ne leur ont pas appris. C’est dommage, car la langue maternelle est l’identité d’une personne. Souvent, c’est par négligence que certaines familles préfèrent parler d’autres langues au détriment des leurs », estime-t-il. Il invite à une prise de conscience des familles et communautés afin de préserver les cultures nationales.

Pour Doumpa Mian-Asmbaye, linguiste et enseignant-chercheur à l’Université de N’Djaména, la langue maternelle n’est pas forcement la langue de la mère, mais c’est la première langue que l’enfant apprend. « La langue maternelle a une grande importance dans la vie de l’enfant, parce que c’est par la langue maternelle que l’enfant est accueilli dans la société. La langue est le premier moyen de socialisation de l’enfant. La langue maternelle est le fondement de la société, car toutes les cultures de la société se transmettent par les langues maternelles », souligne-t-il.

Au Tchad, il y a certaines langues qui sont en voie de disparition à savoir le Babalia, une langue parlée dans les localités de Massaguet et Massakori, a presque disparu ; le Laal dans la province du Moyen-Chari est en voie de disparition et le Goundo dans la Tandjilé est également menacé, informe Dr Ali Moussa, chef de département de Sciences du Langage à l’Université de N’Djaména.

Sur le plan de la politique linguistique, les choses n’avancent pas comme il se doit.  Il n’y a pas des manifestations proprement dites organisées dans le cadre de cette journée. Beaucoup d’étudiants font la description de leurs langues maternelles. Après la description, on doit passer à la codification pour préserver ces langues, mais comme il n’y a pas une politique forte qui suit, ces projets tombent à l’eau », martèle Doumpa Mian-Asmbaye.

Forte politique linguistique

« La politique linguistique est une chaine. Il faut d’abord répertorier toutes les langues existantes au Tchad, les décrire et ensuite les codifier. A la direction d’Alphabétisation et de la planification des langues nationales du ministère de l’Education, nous avons l’alphabet national des langues du Tchad que personne n’a jamais utilisé », indique-t-il. Il souligne que dans le mariage exogamique où la communauté du père est différente de celle de la mère, il doit y avoir le choix d’une langue maternelle, que soit chez le père ou la mère. Les expériences nous montrent que c’est la langue de la communauté du père qui est beaucoup utilisée par les enfants, mais il arrive parfois que le milieu favorise l’usage d’une autre langue, par exemple à N’Djaména où l’arabe local est considéré comme une  langue maternelle dans beaucoup de familles. « Lorsque la langue maternelle n’est pas parlée dans la famille, les enfants ne connaissent pas non plus la culture du père ni de la mère, c’est ce qu’on appelle le déracinement linguistique », a-t-il clamé.

Les parents doivent apprendre leurs langues aux enfants et les envoyer pendant les vacances au village pour qu’ils s’imprègnent de la culture de leurs communautés, afin de ne pas perdre leurs racines.

 Kary  Amadou     

 

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