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Moto-taxis de nuit : Entre survie et précarité à N’Djaména

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Dès que le soleil disparaît à l’horizon, une autre économie s’éveille dans les rues de N’Djaména. Les conducteurs de moto-taxis, communément appelé « clandomen », bravent l’insécurité grandissante pour quelques billets. Entre gains records et risques constants, L’Info s’intéresse au parcours nocturne de ces hommes qui travaillent au péril de leur vie.

Quand l’obscurité s’installe, le vrombissement des moteurs remplace le brouhaha du jour. Pour de nombreux jeunes, la nuit n’est pas faite pour dormir, mais pour « se chercher ». Aux carrefours stratégiques et devant les débits de boissons, les phares des motos percent le noir, guettant les clients.

Devant un célèbre maquis de Moursal, Madjiro Olivier, exerce comme clandoman depuis 15 ans. Assis sur sa moto, le regard aux aguets, il explique que si le risque est grand, le gain l’est tout autant. « Le jour, il y a trop de concurrence et la police perturbe nos activités. Mais la nuit, après 22 heures, on peut gagner entre 10 000 et 15 000 FCFA en quelques heures, surtout devant les bars. C’est le moment où les clients ne discutent pas le prix. Ils sont pressés de rentrer ou légèrement éméchés », confie-t-il, le visage à demi dissimulé sous un turban.

Pourtant, cette rentabilité cache une réalité beaucoup plus sombre. Plus l’heure avance, plus la ville devient un terrain miné où chaque ombre peut représenter une menace. Les agressions sont désormais la hantise quotidienne de ceux qui s’aventurent dans les zones mal éclairées.

À Gassi, devant une alimentation, Djikoloum Morgaï, porte encore les stigmates d’une attaque qui a failli lui coûter la vie. Il raconte comment une course banale s’est transformée en cauchemar dans une ruelle déserte vers Boutalbagar. « Deux jeunes m’ont sollicité pour une course. Arrivés dans un coin sombre, l’un m’a étranglé avec une corde pendant que l’autre me menaçait avec un couteau pour prendre ma moto. J’ai eu la chance de m’en sortir vivant. Depuis, dès minuit, je refuse d’entrer dans les quartiers périphériques », témoigne-t-il, en montrant une cicatrice sur le bras.

L’insécurité ne vient pas seulement des malfaiteurs, mais aussi de l’état d’ébriété de certains passagers. La conduite de nuit demande une vigilance constante pour éviter accidents et altercations avec des clients agressifs.

Djimadoum Alain, ancien mécanicien reconverti dans le transport nocturne, se poste souvent devant les boîtes de nuit du centre-ville. Selon lui, le plus difficile est de gérer l’imprévisibilité des passagers. « On transporte des gens qui ont trop bu, qui deviennent violents ou refusent de payer. On subit des insultes, et parfois il faut abandonner notre argent pour éviter une bagarre qui attirerait la police. C’est un métier ingrat où l’on risque sa dignité en plus de sa sécurité », déplore-t-il.

Malgré ce tableau inquiétant, beaucoup continuent à prendre des risques. La nécessité de nourrir leur famille l’emporte souvent sur la peur. Les clandomen s’organisent en petits groupes informels pour ne jamais rester seuls aux carrefours les plus dangereux.

Vétéran des rues nocturnes, Madjiro Olivier, s’adresse à nous tout en nettoyant sa moto. Il dénonce le manque d’éclairage public, principal complice des malfaiteurs. « Si la ville était bien éclairée, on aurait moins peur. Aujourd’hui, on sort souvent inquiet : on ne sait pas si on ramènera l’argent à la maison ou si c’est notre famille qui recevra un appel de l’hôpital. Nous demandons juste plus de patrouilles pour pouvoir travailler en paix », plaide-t-il.

Streve Dinguemtog (stagiaire)

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